Paris (75) Politique

Thomas Watanabe-Vermorel (parti Pirate) : rendre la politique aux citoyens !

Publié le  Par Roxane Bayle

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Thomas Watanabe-Vermorel

Thomas Watanabe-Vermorel, instituteur de "son état", est adhérent au parti Pirate depuis avril 2012. Aujourd'hui candidat dans le 10e arrondissement et porte-parole du parti, il a accepté de rencontrer Paris Dépêches, à la veille des élections municipales.

Thomas Watanabe-Vermorel voulait s'impliquer dans la vie politique, et a trouvé de quoi se satisfaire avec le parti Pirate. Il a adhéré au parti presque 10 ans après les résultats du premier tour de l'élection présidentielle, le jour où "la vie du citoyen a basculé" selon lui. Après avoir été candidat dans la cinquième circonscription de Paris aux élections législatives de 2012, où il avait récolté plus de 1% des voix, il a continué à s'impliquer dans le parti jusqu'à en devenir le porte-parole. Il se présente aujourd'hui dans le Xème arrondissement, où il vit actuellement, sur la liste d'Antoine Devors. Il se dit très impliqué dans l'organisation de cette campagne.

 

Paris Dépêches : Se présenter aux municipales, est-ce que cela vous permettra de vous faire connaître?

 Thomas Watanabe-Vermorel : On en attend bien évidemment de se faire connaître.  C'est ce qu'on avait aussi espéré des législatives (NDLR : le parti avait présenté 101 candidats) en 2012. Cela nous sert de tribunes. Le parti Pirate ne se veut pas uniquement parti d'opposition: il est porteur d'idées et a bien l'intention d'aller jusqu'au bout du jeu démocratique et de pouvoir prendre des décisions. Alors cette fois-ci, ce n'est pas impossible qu'on puisse obtenir aux municipales un ou deux conseillers, c'est même envisageable. On pourrait même avoir des sièges au Parlement européen.


Comment vont se répartir vos candidats sur la ville de Paris ? Combien allez-vous en présenter ?

Nous avons 5 têtes de listes à l'heure actuelle, chacun d'eux a une grande marge de manœuvre, de périmètre d'action. Au parti Pirate, on a quand même un principe de subsidiarité très important, du moment qu'on respecte les valeurs du parti, le cap politique, chacun est libre de remplir sa liste comme il l'entend.

Quels sont les atouts de votre liste pour pouvoir, peut-être, remporter les élections dans votre arrondissement?

Le Xème est un arrondissement totalement acquis par le parti socialiste, mais il y a un retour de bâton du fait à l'exécutif actuellement au pouvoir. Et l'alliance avec les écologistes est quelque chose qui commence à crisper pas mal d'électeurs. Il y a un terrain glissant pouvant être favorable au vote Pirate, si on arrive à avoir une couverture médiatique pertinente. La crise de confiance avec le politique est majeure, et c'est l'axe sur lequel on est forts : on a des idées, que n'ont pas les autres, qui sont modernes et contemporaines. On est l'archétype d'une liste citoyenne, et si les électeurs ont envie de donner un coup de pied dans la fourmilière politicienne, c'est là-dessus qu'on peut gagner des voix.

Dominique Voynet (EELV) ne se représente pas aux municipales, dégoûtée de la politique ... Est-ce que vous comprenez cette décision?

Tout à fait. Nous ne sommes pas dans une rhétorique du "tous pourris" mais pour nous, le système est vraiment très mauvais, car il broie les bonnes volontés et les idéaux. On n'a pas les moyens de poursuivre une vraie idée politique, donc une vraie vision de la société ! On est toujours coincé dans une espèce de guerre partisane forte. C'est comme le jeu de Monopoly, il ne doit en rester qu'un et tout les deux ans, on remet ça sur le tapis. C'est donc impossible de mener une idée sur le très long terme, et les gens qui sont un minimum sincères ne peuvent pas rester bien longtemps en poste.

De ce point de vue-là, vous encensez donc la charte Anticor ?

Oui, on est tous signataires, et le principe de base est pour nous très important : on souhaite une déprofessionnalisation de la vie politique, et notamment une absence de cumuls des mandats. Etre maire, ou être député ça peut être un boulot à plein temps, mais il n'y a pas lieu de faire les deux.

Que pensez-vous de la vidéosurveillance ?

On est, au parti Pirate, extrêmement hostile à la prolifération des caméras de surveillance. Il y a eu beaucoup de buzz autour de la vidéosurveillance lors de l'affaire du tireur de Paris et pourtant, il a été arrêté sur dénonciation et par preuve ADN. Cela a permis aux médias de produire des images qui plaisent forcément, et qui ont un petit côté "Les Experts". Les mesures de vidéosurveillances sont entièrement fondées sur de la démagogie, sur ce fameux sentiment de "sécurité" qui est très loin d'être relié à la réelle sécurité. La vidéosurveillance ne compare que très peu et de façon médiocre la délinquance, les chiffres ne sont pas particulièrement en baisse depuis qu'on a mis des caméras partout. Même Londres, qui n'est pas spécialement une ville laxiste est en train de faire marche arrière. Il faut se rendre compte qu'une caméra coûte 36000 euros à l'achat, 7000 à l'entretien et là on n'a pas encore payé la personne qui est derrière les écrans, ni même le local pour mettre les écrans, ... c'est un budget énorme. Au lieu de rajouter 100 caméras, on rajouterait des présences humaines dans les rues, à la place, qui peuvent bien plus modérer la délinquance que les caméras. Ce sont des outils qui ne sont pas du tout anodin, et il peut y avoir des dérives terribles.

Que préconisez-vous pour les transports en commun ?

On est conscients que sur ce sujet là, ce n'est pas uniquement du ressort de la mairie. Il y a aussi le STIF qui s'occupe des transports en commun. La réalité des transports en commun, de ce projet de Grand Paris, doit se penser à l'extérieur à l'échelle de la Région. On aimerait rajouter deux choses au débat : d'abord, l'open-data, le fait de libérer les données, qu'elles soient accessibles à tous et qu'elles soient exploitables par tous. Par exemple, la RATP, sur ses sites, empêche l'utilisation de ses plans de métro à d'autres fins que les leurs. L'exploitation des données du STIF, et elles sont très nombreuses, pourraient générer énormément d'entreprises, d'innovation. Cela se relie également à des questions de transparence : comment sont prises les décisions, à qui seront attribués les chantiers, pourquoi, ...Deuxième point : que les décisions, selon nous, soient prises pour les citoyens, par les citoyens et dans l'intérêt des citoyens !  On est dans des situations où les étiquettes des partis politiques font tout dysfonctionner parce que les intérêts partisans se retrouvent en plein milieu d'un chantier qui devrait être fait pour les citoyens.


Au niveau de la sécurité dans les rues de Paris, pensez-vous qu'il faudrait faire quelque chose ?

C'est créer autre chose qui serait intéressant, même si le parti Pirate n'a pas de position précise sur ce sujet-là.  La question de sécurité part du sentiment même de sécurité, et on rentre dans un répertoire de démagogie politique courant. Mais il ne faut pas évacuer le malaise qui peut exister : s'il y a un peu d'insécurité, c'est déjà trop. La réponse se trouve dans le rapport humain. Les citoyens doivent réinvestir  l'espace public. C'est plus  producteur de sécurité que la simple répression. Il faut se sentir responsable de notre bien commun, qu’est la ville, en être les participants, non les usagers.

Et vous pensez que réinvestir l'espace public, se sentir un peu plus responsable, cela ramènera ce sentiment de sécurité, en particulier chez les femmes ?

On a réagi à des vidéos un peu choquantes à ce propos. Il n'y aucune autre façon de changer ce genre de comportement envers les femmes que le réinvestissement du voisinage, du quartier. Ce qui est problématique, c'est qu'il y a une espèce d'impunité qui se met en place, et il suffirait de deux, trois remarques désapprobatrices pour changer la donne. Il ne faut pas laisser faire justement, car la plupart des hommes sont tout à fait respectueux. Il faut que, comme eux, les femmes se sentent en sécurité et ça appartient à tout le monde de manifester son désaccord quand on entend ce genre de remarques.

Le parti Pirate est très engagé contre le traité Atlantique (TAFTA). Pouvez-vous m'en dire un mot?

C'est une merveille de perte de souveraineté du citoyen, un exemple parfait montrant à quel point on a perdu le contrôle sur les décisions politiques importantes. C'est un accord entre les USA et l'Europe, peut-être avec le Canada, l'Islande, et le Mexique. Selon les partenaires, cela représente entre 46 et 52 % du PIB mondial. C'est énorme pour un accord de libre-échange ! On ne parle pas dans ce cas-là, des droits de douane. Cette fois, ça se passe sur l'uniformisation des normes : sociales, par exemple un salaire minimum, écologiques, par exemple en France, on a interdit les OGM et les forages de gaz de schiste, et on pourrait remettre ça en cause, ...Avec le TAFTA, les parlementaires européens n'auront pas accès à l'étendue des négociations, car elles se font entre partenaires privés, de grosses multinationales qui vont négocier uniquement entre elles. C'est vraiment quelque chose contre lequel il faut se battre, c'est bien pire qu’ACTA, rejeté massivement en Europe ou SOPA aux USA.

Le projet de loi sur la prostitution vient d'être voté par le Parlement. Vous êtes contre ce projet ?

C'est une nouvelle douloureuse pour le parti Pirate : nous sommes très impliqués, notamment avec le STRS, le syndicat des travailleurs du sexe, dans leur travail. Et le fait de pénaliser les clients, démarche qui vise à éradiquer la prostitution, est une politique prohibitionniste. Ces femmes sont dans des situations intenables, de plus en plus dangereuses car de plus en plus clandestines. Nous voudrions que les travailleurs du sexe aient un statut, un droit du travail. Effectivement, on est au courant que pour la plupart, il s'agit de situations personnelles horribles, et c'est d'autant plus important qu'elles soient protégées en termes de droit. Il faut qu'elles puissent obtenir des formations et s'en sortir par voie légale. Il y a, en théorie, une espèce de protection du statut de prostituée avec un permis de séjour de 6 mois. Au bout de cette période, elles sont renvoyées dans leur pays d'origine.

Si jamais c'est une loi sincère, elle va être complètement contre-productive .  Il y a des personnes qui ont décidé que c'était comme ça, et ils n'ont jamais écouté les personnes concernées, à savoir les prostituées. C'est rendre les femmes mineures ! Elles ne sont plus décisionnaires de leur vie. Il y a une zone de prostitution vers Belleville, impliquant des femmes chinoises : mais quand elles viennent en France, ce n'est pas le métier de prostituée qu'elles exercent en premier. Elles le font pour changer leurs cadres de vie car celui pour lequel elles sont arrivées en France est insupportable. C'est un choix pour la plupart de ces femmes. Dès qu'on parle de prostitution, on n'a pas le droit de faire ce choix-là, c'est pire que tout. Il ne doit pas y avoir de négation du libre-arbitre de ces personnes. Si on pénalise le client de la prostituée, c'est elle qu'on pénalise, le client c'est juste anecdotique.
 







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Gaby

13/12/2013 12:54

Ca faisait longtemps que je n'avais pas lu autant de chose censé de la part d'un candidat à une élection .. !
Bravo, j'espere que vous irez loin !

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Anonymous

13/12/2013 12:54

Ca faisait longtemps que je n'avais pas lu autant de chose censé de la part d'un candidat à une élection .. !
Bravo, j'espere que vous irez loin !

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