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Warhol Unlimited : l’explosion pop au MAM

Publié le  Par Laurent Pradal

Crédit image © Laurent Pradal


Le Musée d’Art Moderne de la ville de Paris accueille du 1er octobre au 7 février 2016 l’exposition Warhol Unlimited, retraçant une part du travail gargantuesque d’Andy Warhol sur la reproduction en série, et montrant comment son œuvre était perçue par le public dans les années 60. Une manière de plonger dans l’univers pop de l’artiste, et dans sa fascination pour la reproduction d’œuvres d’art de manière industrielle.

« Je ne crois pas que l’art devrait être réservé à une élite, je pense qu’il devrait être destiné à la masse des américains, et de toute façon, en général ils acceptent l’art ». La phrase prononcée par Andy Warhol lors d’un entretien avec Gretchen Berg pour The East Village Other le 1er novembre 1966 résume à la perfection l’ensemble de l’exposition Warhol Unlimited qui se tient actuellement au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris.
 

Du 1er octobre 2015 au 7 février 2016, les visiteurs pourront donc plonger dans l’univers pop et coloré de l’artiste avec 200 œuvres exposées. Ils pourront ainsi découvrir les nombreuses facettes de son talent en ce qui concerne ses œuvres produites en série, allant de la peinture au cinéma en passant par la sérigraphie. Et un fil conducteur que l’on constate tout au long de l’exposition : l’envie pour Andy Warhol de rendre accessible l’art aux masses, en passant par une uniformisation qui devient propre à l’auteur et qui transforme ses œuvres en quelque chose d’unique vu comme un produit de consommation fabriqué à la chaîne. En proposant ce type d’œuvres, Warhol devient à son tour une « marque de fabrique ».
 

Une expo qui commence avec une œuvre phare du Pop Art, une sérigraphie (parmi les 32 existantes) représentant des boîtes de conserve de Campbell’s Soup, et qui continue sur sa lancée avec ses « self portrait » également en encre sérigraphique ou sur peinture polymère. Une technique mise en avant, celle de transformer le négatif d’une photo en une série de portraits chamarrés, dont la superficialité prévient de « la formulation d’interprétation psychologisante ».
 

Une passion pour le cinéma
 

La seconde salle propose une vision de l’artiste moins connue, celle du cinéma avec ses différents Screen Tests mettant en scène des personnalités publiques de la culture : artistes, comédiens, écrivains, philosophes, musiciens, et bien d’autres. Des vidéos en noir et blanc de visages, comme celui de Niki de Saint Phalle, d’Ann Buchanan, de Dali, de Marcel Duchamp, de Bob Dylan, de Dennis Hoper, de Lou Reed. Des clips que Warhol affectionnaient tout particulièrement puisque l’homme avait une passion pour le cinéma, se mécanique, sa technique et sa magie.
 

Rayures, flou, poussière : ce qui l’intéresse particulièrement, ce sont les accidents du film, c’est la texture de l’image cinématographique porteuse d’une sensualité (Blow Job, qui montre le visage d’un homme en train de se voir prodiguer une fellation). Des Screen Tests qui traduisent aussi les envies d’une époque : « J’ai fait ça parce que généralement les gens ne vont au cinéma que pour voir la star et la dévorer, alors voilà enfin l’opportunité de ne regarder que la star pendant aussi longtemps que vous voulez, peu importe ce qu’elle fait, et de la dévorer à l’envie. Et puis c’était aussi plus facile à faire » avait-il alors déclaré au sujet de son œuvre.

©2015 The Andy Warhol Museum Pittsburgh, PA, a Museum of Carnegie Institute. All rights reserved

 

Bien plus qu’un artiste, un visionnaire
 

L’exposition montre également un Andy Warhol visionnaire, prédisant sans en avoir conscience les tendances de demain. Ainsi, lorsque l’artiste évoque dans le catalogue de l’exposition du Moderna Museet en 1968 l’idée que « dans le futur, tout le monde sera mondialement célèbre pendant quinze minutes », on pense forcément à la télévision, et à la téléréalité. L’être humain est devenu un produit de consommation jetable, qui connaît son « quart d’heure » de gloire et que l’on remplace aussi facilement qu’on le met sur le devant de la scène (la sérigraphie sur Jackie Kennedy). Andy Warhol, un artiste visionnaire, mais qui a probablement influencé son époque.
 

 

Un côté « produit de consommation » que l’on retrouve également bien évidemment dans son œuvre, à l’image d’une époque en pleine révolution dans sa façon de concevoir un monde où tout un chacun à accès à la même chose, dans sa façon de consommer dans la vie de tous les jours (produits alimentaires, produits ménagers, services, etc.), même l’art. C’est le cas de ses œuvres « Cow Wallpaper », ou encore ses sérigraphies autour des fleurs ou de Mao, qu’il évoque en ces termes :   « Mao, ce serait vraiment fou… Pas pour y croire, ce serait juste une chose à la mode… Mais le même portrait que vous pouvez acheter dans une boutique de posters. Ne rien faire de créatif, juste l’imprimer sur une toile ».
 

Les œuvres d’art sont devenus interchangeables, de même forme et de même couleur (Fleurs). Aucune n’est meilleure ou pire qu’une autre. Andy Warhol, une sorte d’anti-Pasolini qui au bout du compte semble le rejoindre dans sa conception du monde, puisque contrairement au cinéaste italien l’artiste américain utilise l’uniformisation de son art et des masses pour la dénoncer et provoquer une prise de conscience. Pasolini, lui, semble être moins subtil et dénonce directement l’uniformisation des masses par ses écrits.

 

Une expo pleine d’humour qui implique le visiteur
 

L’exposition est plutôt inattendue, mais vraiment très intéressante et résume vraiment bien le travail des séries et la vie d’Andy Warhol. L’humour de l’artiste, pas forcément connu, est également très présent sous forme de citations parsemées çà et là à travers les différentes salles du musée. Pour exemple, au sujet de ses tableaux de chaises électriques : « On n’imagine pas combien de gens accrochent un tableau de la chaise électrique dans leur salon – surtout si les couleurs du tableau vont bien avec celles des rideaux », figurant dans le catalogue de l’exposition du Moderna Museet, en 1968.
 

Avec Warhol, le visiteur n’est pas que spectateur, il fait partie intégrante de l’œuvre d’art. Ainsi, pour Silver Clouds, le badaud passe au travers de ballons argentés rectangulaires gonflés à l’hélium, qui virevoltent dans toute la salle grâce à plusieurs ventilateurs aux quatre coins de la pièce. Même chose pour The Exploding Plastic Inevitable, très décriée en 1966 et dans laquelle le spectateur subit l’art de Warhol, accompagné par la musique du Velvet Underground. A la fin de l’exposition, le visiteur est même invité à se « warholiser » lors d’une session photo, pour en ressortir coloré comme sur ses Self Portrait.
 

Une exposition à voir et à revoir pour tous ceux qui voudraient découvrir, ou redécouvrir, l’un des artistes les plus subversifs de son temps. L’expo boucle la boucle avec une dernière salle gigantesque, en forme de L, dévoilant l’œuvre Shadows : une succession mise bout à bout de deux images similaires sérigraphiées et couvertes de peinture de différentes couleurs. L’œuvre picturale se déroule dans l’espace comme le ruban d’une pellicule cinématographique, une sorte de clin d’œil à son œuvre vidéo exposée tout au long des salles du musée (Screens Tests, Blow Job, Empire ou encore Kiss).
 

Pratique :
 

L’exposition Warhol Unlimited se tient au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris, du 2 octobre 2015 au 7 février 2016. 16 avenue du Président Wilson, 75016 Paris. Entrée : 12 euros tarifs plein, 9 euros tarif réduit. Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h, nocturne le jeudi jusqu’à 22h. Métro ligne 9 station Iena.
 

Les plus de l’expo :
 

L’accès quasi direct aux salles d’exposition, très peu d’attente (tout dépend évidemment du jour). La dernière salle, gigantesque, émerveillera les visiteurs, qui pourront prendre des photos (dans le reste de l’exposition, les photos sont interdites). Autre plus, l’activité amusante consistant à se faire prendre en photo dans une espèce de photomaton, « façon Warhol », est très amusante et ludique. En revanche, il faudra compter 2 euros pour avoir le privilège d’avoir une copie photo de son cliché, ou alors choisir l'option réseaux sociaux et pouvoir recevoir gratuitement sa photo sur le profil Facebook Mam Portrait Pop Art ou sur le compte Twitter @Portrait_PopArt. Le temps d’attente pour la photo est plus ou moins long en fonction des heures (entre 10 et 30 minutes pour faire la photo, voire même plus d’1 heure en cas de forte affluence).
 

Crédits Photos (Mao) : © Courtesy Fondation Carmignac – Photo Thomas Hennocque