Accueil |  Qui sommes-nous |  Contact


Christiane Taubira au secours de Mennel

Publié le  Par Fabrice Bluszez

Crédit image © Christiane Taubira


Christian Taubira, ancienne ministre de la Justice, a écrit à la chanteuse Mennel, qui a quitté l'émission The Voice après la révélation de commentaires anciens mais très discutables sur Twitter.

Voici l'essentiel du texte qu'a adressé Christiane Taubira à Mennel, sur sa page Facebook. On en trouvera l'intégralité sous le titre Chère Mennel Official.
 

« Chère Mennel,

L'affaire dure. Je l'ai découverte tardivement, du fait de déplacements successifs hors de France. Je pourrais en rire et railler, voilà, dès que je m'éloigne, ce pays s'égare. Mais cette histoire ne donne guère envie de plaisanter.

 

D'abord l'essentiel : votre voix, imbibée d'émotion et de chaleur, est pleine de personnalité. Et cette interprétation que vous donnez d'Hallelujah est un enchantement. Leonard Cohen la chantait divinement dans ses récentes années. Jamais la spiritualité et la sensualité ne furent mêlées dans une voix et un corps d'homme avec autant de grâce et de puissance. Comme un vin de glace ou un rhum vieux qui aurait fait mine de s'être assoupi dans un fût de chêne ou de wapa d'Amazonie. Il chante, implore, exalte et sublime. Dance me to the end of love s'en approche, mais Hallelujah transcende tout, si merveilleusement. Et que vous, si jeune, rendiez un tel hommage à cet immense poète, si tendre, si triste, si raffiné et qui nous demeure si indispensable, donne envie de renouer avec un optimisme d'essence et d'existence.

 

...
 

Mais revenons à l'hystérie.

On vous reproche votre "turban", disent-ils. Il vous sied délicieusement, sans rien dissimuler de votre beauté encore en éclosion. Ils vous reprochent de chanter en arabe... Incultes, ils ne savent pas finir la phrase : en arabe la chanson d'un Juif magnifique. Quelle somptueuse audace, et quelle promesse pour notre monde!

 

On vous reproche des tweets passés. Vos références intellectuelles étaient loin d'être recommandables. Je ne me situe pas dans le champ moral, il est le moins fécond. Sur le plan philosophique d'une conception de la vie, du rapport à l'autre, de l'exigence envers soi-même, d'une vision de la socialité possible et souhaitable, ces deux références sont simplement indigentes et lamentables. Manifestement fourbes, parfois immondes. Ils ne sont pas les seuls. Le souci, c'est la fascination qu'ils parviennent à exercer sur de jeunes esprits, même brillants. C'est cela le seul sujet, pour nous autres adultes.

Vous vous êtes excusée et vous avez bien fait. N'en ayez surtout aucun regret, c'est votre hauteur. Et tant pis si les fâcheux eurent le dernier mot sur les pusillanimes et les commerciaux. Ce n'est qu'un avant-dernier mot. Le dernier, c'est vous qui l'aurez si vous décidez qu'il vous revient de tracer vous-même votre chemin de vie.
 

...
 

Le philosophe Emmanuel Levinas confiait que son père, s'adressant à ses fils, les adjurait de s'installer en France, c'est là qu'il faut aller vivre, dans ce pays où l'on est capable de se déchirer pour l'honneur d'un capitaine juif, le capitaine Dreyfus. Tant d'agressions antisémites, de défiance et d'injures à l'encontre des musulmans, d'actes et de propos racistes, de déchaînement xénophobe, de résurgence homophobe, d'arrogance sexiste, laisseraient accroire que ce temps est révolu, que l'intolérance règne sans partage. En attestent les victoires des pleutres à pseudonymes, aux doigts fébriles sur leurs claviers. Il n'en est rien. La France reste une terre de passion et de générosité, elle est une béance du monde d'où surgissent, toujours vives, des querelles et des fureurs qui n'ont jamais su dissoudre ses ardeurs fraternelles. C'est bien là qu'il faut vivre. Et d'abord, c'est votre pays. Ne vous le faites pas voler. »