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Debout, comme une reine d’Emily Barnett

Publié le  Par Pascal Hébert

Crédit image © Francesca Mantonvani


Ce qui est devenu l’affaire Sophie Toscan du Plantier a fait couler beaucoup d’encre en France et en Irlande au soir du 20e siècle. Mais qui était Sophie Bouniol, l’une des épouses de Daniel Toscan du Plantier, l’un des producteurs de cinéma les plus en vue ? C’est à cette question qu’Emily Barnett tente d’apporter une réponse dans son roman-enquête : "Debout, comme une reine".

L’affaire a fait grand bruit mais on a su très peu de choses sur cette femme victime d’un féminicide, le 23 décembre 1996 dans sa résidence de vacances, située en Irlande, dans la vallée de Toormore, à 5 km de Schull, dans le comté de Cork. Que faisait Sophie Toscan du Plantier, seule en cette veille de Noël, loin des siens et de son domicile conjugal ? Avec l’aide des témoignages de la famille, des amis et des écrits de Sophie, Emily Barnett a voulu recréer l’itinéraire de cette maman d’un jeune garçon. Elle a replongé dans les derniers moments, l’instant ou le fil de sa vie est coupée net par un homme. Pour quelle raison, Sophie a-t-elle quitté Paris pour se rendre en Irlande et rencontrer la mort ? Une destinée qui n’a pas manqué de fasciner l’auteure de ce livre. Comme si le hasard d’une simple rencontre avait forcé le destin en tragédie. Car oui, Sophie n’est pas morte sous les coups d’un inconnu.
 

Un certain Ian Bailey

 

L’enquête menée par la France et l’Irlande pointe du doigt un seul homme. Un certain Ian Bailey, pauvre diable non dénué de talent pour la chose écrite. Emily Barnett dresse le portrait de cet Anglais, journaliste enquêteur avant de s’expatrier en Irlande. Alcoolique notoire, il est pigiste dans une feuille locale et vit chez une amie de boisson dans une ferme peu éloignée de la propriété de Sophie. D’un gabarit impressionnant, il fait des travaux de jardinage ici et là pour le compte de particuliers. Ian Bailey parvient à faire la connaissance de Sophie Toscan du Plantier. La réputation de la Française, portée par les vents de l’océan, arrive jusqu’à ses oreilles. Il compte bien demander à la femme d’un célèbre producteur de cinéma de lui donner un petit coup de pouce pour faire évoluer sa carrière. Fort de cette première rencontre, il débarque chez Sophie pour lui apporter un scénario sur un papier ressemblant plutôt à un torchon. Sophie n’accorde pas plus d’importance à cet entretien jusqu’à ce qu’elle retrouve par hasard en ville le fameux Ian Bailey devenant insistant pour savoir où elle en était avec son manuscrit. Troublée et sans doute inquiète par la carrure et la détermination de son interlocuteur, la pauvre Sophie tente de se sortir de ce piège et finit par regagner sa sweet home. 
 

Seule

 

Se retrouvant seule face à l’océan, elle ne pouvait imaginer qu’un homme en détresse viendrait frapper à sa porte en pleine nuit. Reconnaissant la silhouette, Sophie ouvre sans penser qu’elle faisait entrer son bourreau. Une première lutte à l’intérieur tourne en faveur de la jeune femme qui s’échappe mais finalement est rejoint dans les landes par son tortionnaire qui l’achève avec la rage d’un possédé.

Si tous les indices et les vantardises de Ian Bailey mènent à lui, la justice irlandaise refuse de le juger faute de preuves accablantes. La France n’aura pas du tout la même approche, il est condamné en 2019 par contumace à 25 ans de réclusion criminelle. Il se sera jamais extradé en France et meurt le 24 janvier 2024 en Irlande. 

Est-il coupable ou victime d’une cabale ? L’affaire est désormais définitivement classée. Sophie Toscan du Plantier est morte deux fois. La vérité ne sera jamais établie.

 

“Vivre”

 

Dans ce livre, Emily Barnett n’oublie pas toutes ces femmes, toujours en alerte lorsqu’elles rencontrent un inconnu : « Comment ne pas buter à nouveau contre cette idée révoltante, insupportable, qui fait que les femmes vivent dans un monde où leur propre lâcheté est récompensée, et l’audace de certaines d’entre elles, comme Sophie, punie, sanctionnée. » et de conclure : « J’étais entrée dans sa peur mais à présent je ne cessais de penser à son courage. Sa force d’âme et sa vaillance. A la réflexion, c’était la seule manière acceptable de vivre, quel qu’en soit le prix – et même si ce courage physique et mental devait nous coûter la vie, à nous les femmes. »


Pascal Hébert

Debout, comme une reine d’Emily Barnett. Éditions Gallimard. 213 pages. 20,50 €.