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Maxence, de Céline Zufferey

Publié le  Par Pascal Hébert

Crédit image © Francesca Mantonvani


En désirant brosser le portrait de son compagnon, Céline Zufferey nous offre un beau cadeau. Avec "Maxence", son dernier opus, elle a ouvert la porte de sa maison, de l’intime, là où rien ne doit sortir. Elle se livre avec une certaine pudeur sur tout ce qui la préoccupe.

Car l’homme qui partage sa vie et avec lequel elle se sent bien, la dépasse de vingt-trois bonnes années. Une raison suffisante pour ne pas éviter de penser que mathématiquement et selon les statistiques, c’est bien lui qui partira avant elle. Anticipant le départ de l’être aimé, Céline Zufferey tient absolument à garder une trace de ses sensations vécues avec lui. Pendant cinq mois, elle a observé Maxence sous toutes les coutures jusqu’à comptabiliser ses vêtements. Remplissant sa mémoire d’objets, de couleurs, d’odeurs, d’émotions, de moments partagés, elle laisse glisser sur le papier ses impressions mais aussi ses questions. 
 

Porté par une écriture légère et authentique, ce portrait de Maxence met également en lumière la vie d’un couple. Céline Zufferey remonte le fil du temps pour évoquer leur rencontre, comment l’amour est né, leur installation, leur vie et leur quotidien. Et puis il y a bien sûr les questions concernant l’avenir de leur relation. Celle du mariage s’est imposée avec son lot de réponses positives ou négatives en fonction de la météo de l’un ou de l’autre. La narratrice s’est aussi interrogée sur sa maternité. Voulait-elle un enfant ? La réponse est sans appel : « On n’aura pas d’enfant. Plus le temps passe plus l’âge de Maxence rend cette possibilité caduque. J’ai décidé de ne pas avoir d’enfant avec l’homme avec qui j’aurais aimé en avoir. Et je vais aujourd’hui sur cette berge peu connue avec le souvenir de ce qui aurait pu être, aperçu dans ses yeux un soir sans crier gare. »

 

Si Céline Zufferey parle beaucoup de Maxence, il est quand même beaucoup question de celle qui prend la plume dans ce portrait croisé : « Il me connaît comme personne, je le connais mieux que tous les autres. Pas de pose, pas d’attente ou de faux-semblants, je suis avec lui sans me demander ce que je devrais être, ni peur hésitation ou mise en scène, lui naturel, moi naturelle. On s’est acceptés depuis longtemps, on sait qu’il n’y a plus rien à craindre. » Même si la vie à deux n’est pas toujours simple. Céline Zufferey nous en donne une définition positive : « Libre totalement libre ; avec lui je suis moi-même comme quand je suis seule. Il est mon foyer, mon quotidien, un terrain connu, alors souvent ses frontières s’émoussent, j’oublie qu’il est un être à part entière, différent de moi. N’est-ce pas ça le couple ? » Et si elle mélange fiction et réalité dans ce récit, elle avoue : « Plus j’avance, plus je comprends en quoi mon idéal d’objectivité était un leurre. L’observatrice ne peut qu’influencer ce qu’elle observe et j’échoue à saisir un Maxence qui existerait en soi. »
 

Maxence, à la fois la raison et le détonateur de la création de ce livre, ressemble fort à un prétexte pour Céline Zufferey de nous livrer une kyrielle de moments d’un couple bien inscrit dans le présent : « Avec ce livre, l’écriture fait encore un peu plus partie de notre vie, et même si on la partage avec joie, je serai heureuse quand elle nous laissera un peu tranquilles. »

 

Pascal Hébert

“Maxence”, de Céline Zufferey. Éditions Gallimard. 189 pages. 19 €.