Miles Davis et Claude Quiesse entre harmonie et parcimonie
Publié le Par Pascal Hébert
Quand toutes les planètes sont alignées, il est possible de toucher du doigt le bonheur. Du 2 mars au 22 avril 1959, à New-York, le trompettiste Miles Davis a enregistré "Kind of blue", qui deviendra l’album de jazz le plus vendu dans le monde. Un an après la sortie du film de Louis Malle “Ascenseur pour l’échafaud”, marqué à jamais par le jeu de Miles… Son bonheur, à cette période-là, est sans doute d’être entouré d’une dream team, avec les saxophonistes John Coltrane (ténor) et Julian Cannonball Adderley ((alto), le pianiste Bill Evans, et le batteur Jimmy Cobb.
Cet album est considéré… “comme un modèle d’improvisation par rapport à l’harmonie réduite, créant un équilibre parfait entre sonorités et espace”.
C’est en fait le véritable chef-d'œuvre de la démarche artistique de Miles Davis. L’écrivain et poète Jacques Réda a parfaitement dévoilé et expliqué la subtilité de son style quand il écrit… “la voie qu’a suivie Miles Davis l’a conduit de la réticence à l'extrême parcimonie, de la densité au silence, de l’élégie au cri.”
Parmi les admirateurs, Quiesse
Parmi les admirateurs de Miles, se trouve un Normand d’origine, peintre de profession et par vocation : Claude Quiesse.
“La musique de Miles Davis m’a toujours inspiré. J’ai assisté à plusieurs de ses concerts à Nice. Mais je n’ai jamais pu l’approcher. Il était naturellement très distant. Sur scène, il ne disait pas bonjour, ni au revoir. Je le voyais parfois partir dans sa Mercedes. C’était Miles, toujours caché derrière ses lunettes noires…”
Claude Quiesse a donc composé plusieurs œuvres sur le trompettiste (dessin, gravure, toile), vers la fin des années 1980. Il s’est attaqué à créer, lui aussi, un équilibre entre sonorités (couleurs) et espace (format).
“J’ai choisi le brou de noix plutôt que l’huile car mon père était ébéniste. C’est pour cela que j’ai toujours aimé ce colorant naturel, qui permet, à l’origine, de teindre le bois. Et je me suis appliqué à ce que le profil suggéré ait bien la tête penchée en avant. Car c’est comme cela que jouait Miles Davis.”
Grâce à sa technique et à la matière utilisée, il touche donc à une parcimonie teintée de minimalisme. Et c’est dans la partie supérieure du tableau que se dessine la recherche du cri.
Nougaro…
Cette toile, je l’ai achetée à la fin des années 1990, chez M. Germain, l’encadreur renommé de la rue Froide, à Caen. Lui aussi, a trouvé la bonne tonalité pour finir le travail de Miles Davis et de Claude Quiesse, avec un cadre aux teintes subtiles qui s’harmonisent avec le tableau et le brou de noix.
“Peut t’on ajouter de la beauté à ce qui est déjà beau ?” s’interrogeait à voix haute Claude Nougaro.
La réponse est… “Oui”.
Mais il faut avoir du talent.
Jacques Hébert