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Macron se nomme Premier ministre

Publié le  Par Patrick Béguier

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"Gaullien", "jupitérien", "bonapartiste"... Bientôt, napoléonien ? Les qualificatifs accolés au nom du nouveau président de la République traduisent une inquiétude croissante des observateurs devant l'évidente volonté d'Emmanuel Macron de s'emparer de tout l'espace politique.

 

        En convoquant le Congrès à Versailles la veille même de la déclaration de politique générale d'Édouard Philippe devant les députés, tout se passe comme si Emmanuel Macron se nommait lui-même Premier ministre. L'Élysée a beau expliquer que les deux discours ne seront pas comparables, mais complémentaires, que le président n'entrera pas dans le détail, laissant le Premier ministre donner les feuilles de route, et même que les textes seront co-écrits pour éviter les doublons, il est difficile de ne pas voir dans le choix de cette date un machiavélique court-circuitage. Édouard Philippe, qui avait l'occasion le 4 juillet d'apparaître comme le chef d'orchestre de la majorité, de s'affirmer comme l'ordonnateur des réformes à entreprendre, se trouvera dévalorisé aux yeux de la représentation nationale et, au-delà, de tous les Français.    Les miettes pour Édouard ?   Nicolas Sarkozy avait réduit le rôle de François Fillon à celui d'un "collaborateur". Emmanuel Macron, en intervenant le 3 juillet, cherche-t-il à ravaler son Premier ministre au rang de répétiteur ? L'opposition peut, avec raison, protester contre cette gouvernance, centralisée à l'extrême, qui déséquilibre nos institutions. De nombreux députés, y compris Macron-compatibles, annoncent d'ores et déjà qu'ils n'iront pas à Versailles lundi prochain. "Effacé le Premier ministre… Escamoté le vote de confiance puisque le discours présidentiel ne peut faire l'objet d'aucun débat en sa présence ni d'aucun vote", s'insurge le président du groupe socialiste, Olivier Faure. "C'est une humiliation pour le gouvernement et pour Édouard Philippe", observe-t-on chez les Républicains. "Je n'irai pas au Congrès de Versailles lundi. C'est inutile et ça coûte cher (NDLR : entre 200 000 et 600 000 euros). Ça rabaisse le Gouvernement. Le président de la République n'a pas besoin de nous pour sa com", a tweeté le président de l'UDI, Jean-Christophe Lagarde, qui pourtant fait partie des "Constructifs".   Les médias à la diète    Pourquoi Emmanuel Macron, s'il tient absolument à dévoiler son plan de bataille devant les Français, n'a-t-il pas choisi de s'exprimer le 14 juillet, comme ses prédécesseurs ? Parce que, précisément, il ne veut pas faire comme les autres ? Ça va devenir une marotte ! Ou parce que, plus sûrement, il craint le choc des questions-réponses ? On a déjà noté la méfiance du nouveau président de la République vis-à-vis des journalistes politiques. Il préfère rencontrer les spécialistes du thème qu'il entend traiter et l'on sait qu'il veut mettre les médias à la diète pour réduire le nombre de "petites phrases" venant de son entourage ou des ministres, qui pourraient ressurgir en "couacs" parfois dévastateurs. Désormais, le mercredi, les voitures s'arrêtent devant le perron de l'Élysée ! Emmanuel Macron ne parviendra pas à tout contrôler, à tout étouffer. Pire : il ouvre la voie à toutes les enquêtes et investigations journalistiques. Car, pour reprendre la devise du Canard enchaîné, la liberté de la presse ne s'use que quand on ne s'en sert pas !   Patrick Béguier est journaliste et écrivain. Ses deux derniers romans : Seaghan, l'enfant de mer (Geste éditions) et Le chat noir du rédac chef  (Ella éditions).