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Vélib, Autolib et SeaBubbles : utopies à la dérive

Publié le  Par Fabrice Bluszez

Crédit image © dr


Le rêve soixante-huitard d'un plan de déplacement vert dans Paris s'est fracassé sur la réalité des chiffres. La fin d'Autolib a été votée ce jeudi 21 juin.

L'idée ? Collectiviser les moyens de transport individuels. Ne pas posséder un vélo chacun, une auto chacun mais un vélo pour tous, le même (gris) ou une auto pour tous, la même (grise). Ça avait presque réussi. Les Parisiens s'étaient habitués à utiliser Vélib, à signaler à l'ordinateur central chacun de leurs petits déplacements, pour être ensuite facturés. Autant on pouvait comprendre que la collectivité bâtisse un réseau de train, de métro, de RER, ouvert à tous, autant collectiviser le déplacement à vélo, c'est étonnant. Hélas, on a voulu plus grand, plus beau, à propulsion électrique, et Smovengo a échoué, s'asseyant sur le droit du travail au passage.


Vélib : le beau ratage
 

Pour Vélib, on lira sur le site de France3, dans le blog Parigo, sous la plume de Bertrand Lambert, un état des lieux inquiétant. Le titre est :  "Les chantiers quasi insurmontables de Smovengo pour tenter de ranimer Vélib." Extrait...
 

« Plus de 6 semaines après le lancement du plan d’urgence exigé par la ville de Paris, jamais le nombre de vélib disponibles à la location n’a été aussi riquiqui : à peine 2.000 vélos sont actuellement présents en station. Et encore, les sites alternatifs, souvent plus fiables que le site vélib lui-même, estiment le nombre de vélib à seulement 1919 (velib.nocle.fr), un chiffre qui tombe même à 450 (velib.philibert.info) si l’on considère uniquement les vélibs empruntables. »


La cause principale de l'échec semble être le système de cadenas, non testé sur site avant le 1er janvier et qui est sensible à l'inclinaison des bornettes dans les rues en pente...  Il faudrait en changer des milliers. L'installateur, Colas, serait un peu fâché. On en saura plus sur le blog savezevelib. Pour le risque financier, lire L'Opinion (article payant)...
 

« De façon certaine, outre son capital, Smovengo ne peut compter que sur les 4 millions d’euros de subventions consenties au lancement par la Métropole du Grand Paris. Smovengo doit aussi, théoriquement, recevoir du Syndicat Vélib’ Autolib’ Métropole (SVAM) 3,3 millions d’euros par mois. Mais, selon nos informations, excédé par l’incurie de son prestataire, le SVAM lui a coupé les vivres. Il ne verse plus, chaque mois, qu’un tiers de la somme due, soit 1,1 million d’euros : de quoi régler les salaires. De sources internes, le SVAM est si remonté qu’il a envisagé de cesser de payer totalement. »


Autolib : le divorce ce jeudi 21 juin


Pour Autolib, la réunion du Syndicat Autolib Vélib Métropole, ce jeudi, a entériné un refus d'honorer la facture présentée par le groupe Bolloré : 293 millions d'euros de déficit  en 2023, terme du contrat (60M€ à sa charge, 233 M€ à la charge du SAVM). Le Syndicat a pris la décision -audacieuse- de rompre le contrat unilatéralement. L'idée, c'est que le groupe Bolloré assume seul l'échec. Il a cependant déjà annoncé qu'il ferait appliquer la clause de répartition d'un éventuel déficit... En arrêtant maintenant, il resterait 150 M€ à payer, selon Challenges.


L'image choisie par Les Echos, dans l'article "Autolib victime du darwinisme de la mobilité urbaine"...


On lira là-dessus l'interview donnée par Catherine Baratti-lbaz, présidente du SVAM au Parisien, intitulée "Ile-de-France : cete fois, Autolib', c'est fini". Du côté du groupe Bolloré, l'interview de Marie Bolloré est une réponse ferme qui laisse envisager un long procès... Il y a aussi une pétition pour le maintien d'Autolib' (500 signatures ce mercredi 20 juin).


 

Marie Bolloré dénonce la « décision totalement aberrante » de mettre fin à Autolib' pic.twitter.com/ti3ZYk9UDo

— Le Parisien (@le_Parisien) 18 juin 2018
Sea Bubbles : pour l'image seulement


Enfin, la troisième innovation du transport électrique dans Paris est le Sea Bubble. Les premiers bateaux "volants" ont fait des essais sur la Seine. Pour l'instant, pas de station d'amarrage et de rechargement. Les vingt premiers exemplaires seraient en vente au prix de 140.000 € en 2019. Ils transporteront six personnes, dont le conducteur, précise BFMBusiness. En 2016, on parlait dans Capital de 30.000 à 40.000 €, pour quatre personnes.



 


D'un service de taxis, on passe donc à une navette. Un taxi peut être utilisé par un seul client qui a une destination précise. On comprend bien qu'avec une seule voie de circulation possible, la Seine, ces "taxis" sont très limités. L'amarrage sauvage n'importe où est impossible. Le client piéton devra de toute façon marcher du quai vers sa destination. L'utilisation en navette est plus raisonnable. Le Sea Bubble s'oriente donc plutôt vers le bateau-mouche de luxe, électrique donc moderne, destiné aux touristes plutôt qu'aux Parisiens.