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Circuler en fauteuil à Paris : le parcours d’un combattant

Publié le  Par Julie Catroux

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Les personnes en fauteuil roulant peuvent-elles circuler librement dans la capitale ? Rien n’est moins sûr… Pour se rendre compte de leurs difficultés au quotidien, rendez-vous est pris à la station Crimée (XIXème) avec Joël Nekkab, représentant départemental de l’Association des paralysés de France.

 

 

Le parcours est semé d’embûches. Véhicules stationnés sur les passages piétons, trottoirs pas assez larges ou défoncés, dénivelés trop importants…la liste est longue. Trop longue. Pourtant Joël Nekkab, représentant départemental de l’Association des paralysés de France ne baisse pas les bras. Déterminé à faire évoluer l’accessibilité des personnes handicapées, il se bat chaque jour pour que « les personnes en situation de handicap puissent vivre comme tout le monde, se déplacer mais aussi avoir des loisirs ». Après avoir marché pendant une quarantaine d’années à l’aide de prothèses, Joël Nekkab fait de l’accessibilité à Paris son cheval de bataille.

 

5 sur 10. C’est la note qu’il attribuerait concernant l’accessibilité des personnes en fauteuil roulant dans Paris. La capitale est un réel parcours du combattant pour les handicapés. A la 20ème place dans le classement des villes les plus accessibles de France, ex-aequo avec Lille, Paris a du chemin à faire pour espérer un jour détrôner Nantes qui reste le meilleur élève. Malgré le fait qu’elle fasse partie des endroits les plus visités au monde, la ville lumière est un véritable calvaire pour les personnes circulant en fauteuil. Certes, des améliorations ont été apportées mais elles restent insuffisantes aux yeux de Joël Nekkab.

 

 

Joel Nekkab en compagnie de Martine Aubry lors de la manifestation " Des bâtons dans les roues " le 27 septembre 2011

 

Une loi qui a du mal à être appliquée

 

Pourtant une loi existe pour améliorer l’accessibilité des personnes en situation de handicap. Il s’agit de la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances qui prévoit que les établissements recevant du public et les transports collectifs ont dix ans pour rendre accessibles leurs locaux aux personnes handicapées. Mais voilà, à seulement trois ans de l’échéance, le résultat est peu concluant. Encore de trop nombreux établissements ne peuvent accueillir des personnes en fauteuil roulant. « Regardez, le kiosque à journaux, il n’est pas accessible alors qu’il appartient pourtant à la Mairie de Paris. Il y a seulement quelques centimètres qui séparent le sol du trottoir mais je ne peux pas y accéder avec mon fauteuil »  fait remarquer Joël Nekkab quelques secondes après notre « tour du quartier ». Cette première remarque était le début d’une longue liste de doléances.

 

Le représentant départemental de l’Association des paralysés de France n’est pas dupe. Il sait que les modalités de la loi de 2005 ne seront pas totalement appliquées en 2015. « Si les villes ne respectent pas la loi handicap de 2005, elles vont écoper de lourdes amendes » déclare t-il. Même si certains établissements aménagent leurs locaux pour faciliter l’accès aux personnes en fauteuil roulant, des aberrations sont parfois à noter. Des installations totalement illogiques, dépourvues de bon sens. Parmi tant d’exemples frappants, il y a le laboratoire d’analyses situé dans le 19ème arrondissement, près de chez Joël Nekkab. Un écriteau sur lequel est inscrit que les personnes en fauteuil doivent s’adresser à l’accueil en appuyant  sur la sonnette pour signaler leur présence. Léger détail : la sonnette ne fonctionne plus. Dans ce cas, comment font-elles si elles sont seules ? Restent-elles à attendre devant la porte qu’un employé du laboratoire daigne leur ouvrir la porte ? Ce sont ces difficultés du quotidien qui contribuent peu à peu à l’exclusion des handicapés.

 

L’accessibilité des transports en commun : des progrès notables mais toujours insuffisants

 

L’accessibilité des transports en commun est fondamentale pour les personnes en situation de handicap. Comme le fait remarquer Joël Nekkab, « nous devons vivre comme tout le monde, et se déplacer fait partie intégrante de la vie ». A Paris, plus de 60 lignes de bus sont accessibles aux personnes en fauteuil. C’est un bon début mais c’est encore insuffisant. Le voyage en bus peut parfois se révéler être une véritable « galère ». « Récemment je me trouvais en compagnie de deux personnes en fauteuil. Nous avons voulu nous déplacer en bus mais le simple fait de le prendre s’est avéré être compliqué. Le bus étant rempli, seule la première personne a pu rentrer dedans. L’autre personne et moi-même avons du attendre le second bus » rapporte Véronique Leroy, membre de la SAMSAH (service d’accompagnement médico-social pour adultes handicapés).

 

Une palette d'un bus de la RATP permettant aux personnes en fauteuil d'utiliser les transports en commun

 

« Que 60 bus soient accessibles est une très bonne chose mais encore faut-il que la palette qui nous permet d’y accéder fonctionne… » déplore Joël Nekkab avant d’ajouter « l’accessibilité du bus dépend aussi du bon vouloir du chauffeur car celui-ci doit faire attention à sa position : il ne doit pas par exemple se garer à côté de quelque chose qui pourrait empêcher la montée du fauteuil dans le bus ». Malgré le fait que de nombreux bus soient accessibles, cela ne garantit pas pour autant la possibilité pour toutes les personnes en fauteuils de pouvoir en bénéficier. Quant au métro, ce moyen de transport reste accessible sur quelques lignes mais les modifications qu’elles nécessitent sont pour la plupart du temps trop coûteuses ou tout simplement techniquement impossible…

 

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