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Maïs OGM autorisé : tout ce qu'il faut savoir

Publié le  Par Valérie Galfano

Crédit image © Valérie Galfano


Le Conseil d'Etat, à Paris, vient d'annuler l'interdiction d'une mise sur le marché de maïs OGM de la firme Monsanto.

Le gouvernement avait déjà interdit à deux reprises en 2008 et en 2012 l'OGM (organisme génétiquement modifié) Mon810, décision invalidée par le Conseil d'Etat en 2011 et 2013. L'interdiction a été renouvelée le 15 mars 2014. Elle vient d'être annulée par le Conseil d'Etat.

Ce dossier en deux parties étudie les OGM sous  l'angle juridique à travers les législations européenne et française mais aussi sous un angle éthique et environnemental : nous avons rencontré plusieurs associations qui faisaient partie du Haut-Conseil des Biotechnologies mais l'ont quitté au début mars pour dissension avec l'avis dominant en faveur d'une moindre réglementation.


Qu'est qu'un OGM ?


Il existe de nombreuses définitions mais une définition simple est donnée par la directive européenne 2001/18

Un OGM (organisme génétiquement modifié) est  « un organisme, à l'exception des êtres humains, dont le matériel génétique a été modifié d'une manière qui ne s'effectue pas naturellement par multiplication et/ou par recombinaison naturelle ».
 

L'amélioration des plantes, ici du blé, s'est longtemps faite par la sélection. La génétique permet d'intervenir plus précisément et plus rapidement (photo Fabrice Bluszez).


On évoque également de "nouveaux OGM" aussi appelés «"new plant breeding techniques", ou NPBT) qui permettent de modifier le génome d’une plante sans recourir à l’introduction d’un gène extérieur. Certains considèrent qu'il s'agit d'un progrès important qu'il ne faut pas brider par l'application de la législation relative aux OGM tandis que d'autres y voient des risques identiques à ceux que l'on attribuent aux OGM classiques et considèrent que les nouveaux OGM doivent donc être soumis aux mêmes règles.

La Commission européenne va préciser sa position après avoir reçu les avis des Etats européens.

 

Quatre grands domaines d'utilisation


Les OGM sont utilisés dans quatre grands domaines :

en agriculture en recherche fondamentale en milieu industriel où on cherche à créer des molécules biologiques ; en médecine humaine ou vétérinaire en thérapie génique (consiste à traiter une maladie par transfert de matériel génétique) ou pour la production de vaccins ou de molécules médicamenteuses.

Une législation européenne existe, pour les OGM, à laquelle les Etats européens doivent se plier.

 

La législation européenne


Trois sortes d'utilisation des OGM sont prévues par les textes au terme d'autorisations données pour 10 ans renouvelable à l'entreprise demandeuse.

Les cultures d'OGM à fins expérimentales. Des cultures d'OGM à des fins expérimentales sont possibles après notification à l'Etat dont le territoire est concerné qui l'autorise ou non en fonction d'un bilan des risques pour l'environnement et la santé. La mise sur le marché d'OGM destinés à des fins autres que l'alimentation humaine ou animale. Une procédure d'autorisation complexe fait intervenir le premier Etat concerné mais également la Commission européenne et les autres Etats européens ; si une autorisation de culture ou de commercialisation est donnée qui sera valable dans tous les Etats européens.  La culture et commercialisation d'OGM destinés à l'alimentation humaine ou animale.
 

L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) émet un avis qui sert de base à la décision de la Commission européenne. L'EFSA n'a jamais rendu d'avis négatif mais la Commission européenne n'est jamais passé outre l'opposition d'un Etat.

Seuls deux types d'OGM sont actuellement cultivés dans quelques pays d'Union europénne : le maïs MON810 (Monsanto) et, depuis le mois de février 2014, TC1507 (Pioneer).

Sont actuellement commercialisés du  maïs, soja, coton, colza, pomme de terre, betterave.
 

 

La plupart des plantes de nos champs existent sous une forme OGM. Ici, du colza ordinaire (photo Fabrice Bluszez).

 

 

Les conséquences de la qualification d'OGM par la Commisson européenne :

Un étiquetage de la présence d’OGM dans les semences est obligatoire quel que soit le niveau de présence. Pour tous les aliments destinés aux humains et aux animaux échangés au sein de l’Union européenne, ou importés de pays tiers : la traçabilité est obligatoire et toute présence d'OGM supérieure à 0,9% dans l’un des ingrédients, doit être précisée sur l'étiquetage. En revanche, la réglementation n'impose pas d'étiquetage spécifique pour les denrées alimentaires (lait, charcuterie, plats cuisinés) issues d'animaux d'élevage nourris avec des cultures transgéniques.


Les Etats peuvent décider d'interdire sur leur territoire la commercialisation d'un OGM autorisée au niveau européen mais ils ne disposent pas pour cela d'un pouvoir discrétionnaire absolu ce que rappelle bien la décision du Conseil d'Etat du 15 avril 2016.
 

La position de la France
 

Dans son arrêt du 15 avril, le Conseil d'Etat rappelle que les conditions d'interdiction sont les suivantes :

l'interdiction ne peut être que provisoire (à titre conservatoire) En cas d'urgence « En présence d’une situation susceptible de présenter un risque important mettant en péril de façon manifeste la santé humaine, la santé animale ou l’environnement ».

Ces trois conditions sont cumulatives.
 

En l'espèce, le Conseil d'Etat a estimé que la preuve d'un risque important n'était pas rapportée :

« Les avis de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (AESA) avaient admis certains risques de développement d’une résistance chez les insectes ou d’atteinte à certaines espèces de lépidoptères, mais que ces mêmes avis concluaient que ces risques pouvaient être maîtrisés et que les études scientifiques ne permettaient pas d’estimer que le maïs MON 810 était plus risqué pour l’environnement que le maïs conventionnel ».


Le Conseil d'Etat précise également qu'aucun élément nouveau n'est apporté au dossier par rapport aux procédures précédentes. L'interdiction du Mon810 qui n'était pas justifiée auparavant ne l'est toujours pas.

Valérie Galfano
 

Demain : Ethique et environnement, pour ou contre les OGM