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Publié le 26/08/2009 Par Paris Dépêches





Bâti à la pointe de l’île Saint-Louis (1639-1644) (4ème arr.), L’hôtel particulier Lambert témoigne de l’ingéniosité de son architecte, Louis Le Vau. Classé monument historique, il appartient depuis 2007 au frère de l’Emir du Qatar qui souhaite le restaurer. Une pétition lancée par l’association "Paris Historique" et un recours en référé au tribunal administratif visent à empêcher le début des travaux.


L’hôtel Lambert, poupe ou proue du "bateau" île Saint-Louis (4ème arr.) ? Cette figure de l’un des quartiers historiques les plus beaux de la Capitale est en tout cas un bâtiment chef-d’œuvre dont le destin va peut-être bientôt basculer. La procédure classique a été lancée… Le projet de travaux a été soumis à l’approbation de la Commission Nationale du Patrimoine et a même reçu l’accord du ministère de la Culture. Mais de nombreuses voix (dont Michèle Morgan, Guy Bedos ou Christophe Girard…) s’élèvent pour protester devant une possible dénaturation du lieu. Un recours en référé de l’association "Paris Historique" a été examiné vendredi 21 août par le tribunal administratif de Paris pour stopper le début des travaux. Une pétition forte de 8 000 signatures circule activement (http://lambert.over-blog.org).
Les points de litige concernent l’installation de locaux techniques de 250 m² et d’un garage sous le jardin suspendu et la cour. On parle aussi d’un ascenseur.
Enfin, l’association "Paris Historique" pointe la règle majeure du respect des strates de l’histoire issue de la Charte de Venise datant de 1965. Ainsi, les différents aménagements datant des 18ème, 19 et 20ème siècles ne peuvent être effacés ou altérés.
Les parties ont jusqu’au 31 août pour compléter leurs arguments. La juge des référés a indiqué qu’elle déciderait soit de convoquer une nouvelle audience le 2 septembre soit de rendre sa décision.

Un hôtel particulier d’exception

Cette œuvre de jeunesse de Le Vau (1612-1670), construite pour Nicolas Lambert de Thorigny, est une demeure princière que décorèrent Lebrun et Lesueur. Elle passa en 1729 aux mains du fermier général Dupin et fut habitée par la marquise du Châtelet qui y recevait Voltaire. Il écrivit à ce propos "Mme du Châtelet vient d’acheter une maison faite pour un souverain qui serait philosophe : elle est heureusement dans un quartier éloigné de tout, c’est ci qui fait qu’on a eu pour 200 000 francs ce qui a coûté 2 millions à bâtir et à orner."
Son entrée est située rue Saint-Louis-en-l’Ile (4ème arr.), mais l’hôtel se développe vers le quai et le fleuve. Au fond de la cour, le grand escalier ouvert en loggia, avec ses rampes divergentes, distribue les deux parties de la maison : appartements d’apparat vers le jardin à droite, appartements privés à gauche. La façade sur le jardin est décorée d’un ordre colossal de pilastres ioniques. L’aile droite, arrondie à son extrémité, abrite la célèbre Galerie d’Hercule. Le Brun y a peint, à la voûte, l’Apothéose du héros dans des encadrements d’architecture en trompe l’œil. La galerie s’achève en un belvédère souligné par un balcon circulaire qui permet une vue "des plus heureuses, sans contredit" (Germain Brice).
L’hôtel Lambert doit cependant être restauré même "s’il n’y pas péril en la demeure" comme le souligne le président de l’association "Paris Historique", Pierre Housieaux.
Cette propriété privée reste l’affaire de tous…

Alix Despointes





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