France Politique

Présidentielle : tous contre Macron !

Publié le  Par Patrick Béguier

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Serait-il arrivé trop tôt en tête des sondages, au coude à coude avec Marine Le Pen ? Emmanuel Macron est la cible privilégiée des autres candidats de l'élection présidentielle qui, du coup, oublient que la véritable menace est de voir le Front national entrer à l'Elysée.

 
 
 
Tous les observateurs s'accordent à dire que Marine Le Pen sera au second tour de la présidentielle. Pour eux, ce n'est pas un pronostic, mais un fait acquis. On la voit depuis tellement longtemps caracoler en tête ! Parlez-leur de surprise toujours possible, du Brexit, de la victoire inattendue (y compris par lui-même !) de Donald Trump, ils n'en démordent pas. Ça ne peut pas jouer contre Marine Le Pen puisque, elle aussi, serait anti-Union européenne, anti-système, etc. Le seul suspense qui demeure est donc de savoir qui se retrouvera, le 23 avril au soir, face à la candidate du FN.
Étrange élection où l'enjeu est faussé d'entrée ! 
Dès lors, il n'y a pas lieu d'attaquer frontalement Marine Le Pen. Il devient urgent, en revanche, de dézinguer son conjoint électoral. Comme les sondages placent actuellement Emmanuel Macron dans cette position, il devient l'ennemi politique n°1. Et les nombreux ralliements de droite comme de gauche au candidat d'En Marche ne font qu'attiser la hargne des autres.
 

Les cabinets dans le couloir !

 
François Fillon, empêtré dans ses "affaires" (dans tous les sens du mot !), tente une contre-attaque pour le moins risquée : en dénonçant l'existence d'un "cabinet noir" à l'Élysée, en s'en prenant directement à la personne du président de la République, il vise Emmanuel Macron, qui est supposé être une créature de François Hollande, le cheval de Troie permettant à celui qui n'a pas osé se représenter, de ressurgir dans la Cité en nouvel et fringant animal politique. Le "traître" d'août 2016 serait devenu le complice d'avril 2017. Autrement dit, voter Macron serait voter Hollande ! L'horreur absolue !
Reconnaissons à François Fillon une certaine logique : il est persuadé depuis longtemps qu'il existe toutes sortes de "cabinet noir". Lui-même a espéré en bénéficier lorsqu'il a rencontré Jean-Pierre Jouyet, le secrétaire général de l'Élysée, pour qu'on accélère les procédures judiciaires contre… Nicolas Sarkozy. Sans oublier que l'ancien président avait constitué un dossier sur les pratiques sexuelles de son probable adversaire socialiste, Dominique Strauss-Kahn, en vue de saper cette candidature à la présidentielle de 2012. Il ne le savait pas, François Fillon, alors Premier ministre ?
Assez d'hypocrisie !
Bien sûr, le candidat des Républicains ne s'en tient pas là. Dans ses meetings, il tente de rabaisser Emmanuel Macron en jouant sur son inexpérience. Dernier exemple, hier soir, à Nantes : "Le dauphin" n'a pas "fait sa mue politique". Et Bruno Retailleau d'ironiser : c'est l'alliance de "Woodstock et de Wall Street". Mais, comme l'ont noté les journalistes d'Ouest-France, François Fillon n'a pas cité une seule fois le nom de Marine Le Pen !
 

"Coups de couteau"

 
Benoît Hamon a, lui aussi, la rage, surtout depuis que les sondages le placent derrière le "camarade" Mélenchon.
Dimanche, sur France 2, il a expliqué que voter Macron par défaut serait "une folie" et dénoncé les "coups de couteau dans le dos" plantés par les "caciques" de son parti. Le candidat socialiste assure que le mouvement En Marche propose de "poursuivre ce qui a échoué". Fillon-Hamon, même combat ! Avec un petit plus pour Emmanuel Macron : il est l'homme du fric, de la banque (Fillon-Hamon, bis !). Que se serait-il passé si la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), saisie par Anticor, avait décelé des éléments problématiques dans la déclaration de patrimoine d'Emmanuel Macron ! 
Quant à Marine Le Pen, elle a droit quand même à un rappel sur ses "affaires". Rien de bien méchant. On verra plus tard. L'important aujourd'hui est d'empêcher les départs vers Macron.
 
Curieusement, c'est Jean-Luc Mélenchon qui "oublie", pour l'heure, le candidat d'En Marche. Il a deux objectifs : dépasser Hamon et rattraper Fillon ! Disons-le ! Ce serait un double exploit et le brio avec lequel "l'Insoumis" mène sa campagne peut le lui laisser espérer. Mais, là encore, le Front national est mis provisoirement de côté.
 

La jupe de Marianne

 
Qui ne voit le danger ?
Première hypothèse (peu probable pour l'heure) : Marine Le Pen affronte au second tour François Fillon. On sait que le score sera serré. L'actuel candidat LR ne bénéficiera pas de l'élan pris par les citoyens, au second tour de la présidentielle de 2002, pour donner 82,21% des suffrages à Jacques Chirac contre Jean-Marie Le Pen. François Fillon est moralement boiteux (sans même parler de ses "affaires" au sens strict), il a un programme en forme de purge sociale et on voit mal comment les électeurs de Hamon, Mélenchon et même Macron pourront se porter à son secours. La fameuse "discipline républicaine" des partis dits de gouvernement pourrait s'effacer d'autant plus facilement que la droite, par la voix de Nicolas Sarkozy, a défendu un "ni, ni" dévastateur.
Deuxième hypothèse (plus probable à cet instant t) : Marine Le Pen affronte Emmanuel Macron. Les électeurs de gauche et d'extrême gauche seront-ils prêts à soutenir celui qu'ils considèrent comme l'ex-banquier de Rothschild, un néolibéral, etc., alors que, parallèlement, des électeurs du noyau dur de François Fillon, fous de colère d'avoir été privés de l'alternance qui s'offrait à eux après la victoire de François Fillon à la primaire de la droite (et du centre ?), seront tentés, par esprit de revanche, de voter pour le Front national ? N'oublions pas non plus les "petits candidats" anti-européens comme François Asselineau ou Jacques Cheminade et surtout Nicolas Dupont-Aignan qui pourraient se laisser séduire par la voix de sirène de l'ultra Marine…
 
La clé de ce scrutin repose, certes, sur les hésitations, pour ne pas dire, le désarroi des électeurs face à une élection hors norme. Il y a encore beaucoup d'indécis et on attend un taux d'abstention record.
Mais gare ! Si Marine Le Pen est élue le 7 mai, parce que son programme n'aura pas été vraiment attaqué et que l'abstention aura joué en sa faveur, les Fillon, Hamon et autres ne devront pas venir pleurer dans la jupe tricolore de Marianne.
 
Patrick Béguier est journaliste politique et écrivain.
 
 
 





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