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Patrick Rambaud : « La gauche n’existe plus, mais la droite non plus »

Publié le  Par Pascal Hébert

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Pascal Hébert

Patrick Rambaud a replongé. Corps et âme ! Avec « sa camarade », il s’est relancé dans sa chronique satirique. Celle du ‘’règne’’ de François Holande cette fois-ci. Après nous avoir bien fait rire avec ses chroniques sur Nicolas Sarkozy, le prix Goncourt 1987 n’a pas tenu. L’espace d’un roman paru l’an passé sur la question des croyances, Patrick Rambaud s’est ensuite attaché à suivre les faits et gestes d’un président dit de ‘’gauche’’

Il faut bien reconnaître qu’à la lecture de ce pamphlet, il y a de quoi rester circonspect. C’est drôle parce que Patrick Rambaud a du style et la manière de Saint-Simon pour nous trousser le portrait d’un président "normal". Mais lorsque l’on observe une année de François Hollande sur terre et en France en particulier, on se retient de ne pas pleurer tellement les faits sont pitoyables. Patrick Rambaud nous montre avec le recul comment ‘’monsieur petites blagues’’ s’est mué en chef de guerre avec un visage désormais sans expression. Que dire aussi de la conversation surréaliste par "fenestrons" interposés entre une réfugiée expulsée, Léonarda, et François Hollande ? Sans oublier les escapades amoureuses du président en exercice. S’amusant à croiser les destins de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, Rambaud laisse glisser entre les lignes son inquiétude devant les comportements hasardeux et les non décisions de ceux qui nous gouvernent. A l’exemple de Krishnamurti qu’il cite en page de garde, Patrick Rambaud n’a ni dieu, ni maître et surtout, il s’insurge contre les crétins. Cela fait du bien de l’entendre par les temps qui courent… Patrick Rambaud est un écrivain, au sens noble du terme, à lire sans modération !

 

Quelles sont vos premières impressions sur François Hollande ?

Avec François Hollande, nous sommes dans une posture de guerre avec son lot de commémorations. C’est n’importe quoi sans arrêt. Tu l’entends, mais tu ne l’écoutes plus. Il ne dit rien, il décide de choses sans en parler à personne. On s’est aperçu rapidement qu’il ne savait pas parler aux gens. Depuis le début, son discours est basé sur les courbes et sur les chiffres. Et ça, c’est bien le problème des énarques. Il n’y a jamais eu autant d’énarques qu’en ce moment à l’Elysée. Ce sont des gens qui ne connaissent pas la vie. Ils sont hors sol comme les poulets de batterie. Ils ne savent pas ce que c’est de ramer en fin de mois pour acheter à manger et payer son loyer. Ils ne sont pas dans la vraie vie. Ils sortent de l’école pour prendre un boulot de fonctionnaire.
 

Que pensez-vous de la politique de la majorité actuelle ?

La politique sociale, c’est fini. Ce n’est plus la gauche. Le résultat, c’est qu’il y a de moins en moins de gens qui vont voter. Et ceux qui votent, ils vont voter maintenant pour le Front national, qui est le parti de ceux qui en ont ras le cul. C’est ça le problème que laisse la gauche. Le Fn, c’est le parti "ramasse-miettes" avec le programme du Parti communiste de Georges Marchais. Ce résultat est assez étonnant, mais quand on est mauvais, on est mauvais. Le problème, c’est qu’ils sont tous mauvais.
 

Contrairement à vos chroniques sur Nicolas Premier, on vous sent malgré tout plus grave dans ce dernier tome.

Ce que je constate n’est pas drôle. C’est sans doute pour ça que c’est plus grinçant. On ne va pas se marrer avec n’importe quoi. Nicolas Sarkozy au moins faisait des clowneries. La clownerie a disparu… sauf lui. Il fait le clown derrière, c’est pourquoi il est aussi présent. Il ne devait pas parler pendant deux ans, il n’a pas pu tenir. On l’entend deux mois plus tard sur la Syrie. Il trépigne d’impatience. Maintenant il est là et il devient odieux comme avant. J’attends la primaire. Cela va être incroyable. Ils se haïssent tous. La gauche n’existe plus mais la droite non plus. Bref, on est mal barré !
 

Que dire du « Moi, président de la République, je serai un président normal » ?

C’est effrayant. Après Nicolas Sarkozy, je lui ai laissé deux ans pour voir. Je lui ai laissé sa chance en quelque sorte. Déjà, il nous avait débarrassé de l’autre. Au bout de deux ans, on s’aperçoit que c’est raté. L’histoire de la courbe du chômage avec cette prédiction malheureuse, c’est incroyable. Mais cela se fera artificiellement avant les élections. Hollande croit comme Bonaparte qu’il a une étoile qui le protège. Mais tout est raté, donc je m’y suis remis.

 

« Nos hommes politiques n’ont pas de culture »

 

Quel est le raisonnement de François Hollande ?

Le raisonnement de Hollande est simple. Un cycle, c’est tous les trois ans, il pense que l’année prochaine cela ira mieux. Il raisonne en énarque. Mais ces analyses ne sont plus valables. Et là, on s’aperçoit bien qu’ils sont dans un autre monde. Celui d’avant, avec des réflexes d’avant. Ni les uns ni les autres ne s’adaptent au monde d’aujourd’hui. Ce sont des professionnels qui font carrière, qui sont élus et leur principale préoccupation, c’est d’être réélu. Ils n’ont pas d’idées. Cela se saurait…
 

Le niveau n’est pas très élevé.

Léon Blum travaillait le matin et l’après-midi, il lisait ou écrivait. Nos hommes politiques n’ont pas de culture. Ce sont des incultes donc ils n’ont pas de dimension, pas de volume. Ils ne savent pas ce que c’est que la vie. La vraie vie. C’est effrayant. La vie privée s’est maintenant invitée dans la communication. Cela avait commencé avec Giscard qui rêvait d’être le Kennedy à la française. Mitterrand a fait l’inverse, il a tout bloqué. Là, on est à l’aboutissement. C’est de la com maintenant.
 

Lorsque l’on observe la vie politique, n’est-il pas exagéré de dire que la démocratie est en danger ?

Bien sûr qu’elle est en danger. Il n’y a plus rien. L’image du capitaine de pédalo lancée par Mélenchon, ce n’était pas si mal vu que ça. Il le connaissait bien. 

 

« On n’évolue pas parce que nous sommes cons »
 

Y-a-t-il des solutions pour sortir la France du marasme dans lequel elle est tombée ?

Bien sûr qu’il y a des solutions. Il ne faut pas me dire qu’il n’y en a pas. Mais c’est aux politiques de les trouver. Mais comme ils sont mauvais, ils n’en voient pas à moins d’aller regarder ce qui se passe ailleurs comme en Allemagne, où il y a beaucoup de gens qui ont plusieurs boulots. Ce n’est pas non plus la solution.
 

Qu’avez-vous pensé de l’appropriation de Hollande de l’attentat de Charlie ?

Dans cette affaire, ce qui est bien, c’est  que lorsqu’il est allé consoler Pelloux, un pigeon lui a chié sur l’épaule. Il y a toujours un truc comme ça. Un signe du ciel génial… sans doute de Wolinski. Dès qu’il y a des catastrophes, alors là il remonte très fort dans les sondages. Il reperd tout trois semaines plus tard. Il ne se passe rien ou alors on nous rebat les oreilles avec le débat sur la déchéance de nationalité dont tout le monde se fout. Mais cela permet d’oublier le reste qui va mal et qui concerne la majorité des gens. Cela ressemble à des fumigènes. Après ces vœux, François le Petit dit qu’il faut faire une mesure d’urgence pour lutter contre le chômage. Mais il aurait dû le faire dès son arrivée.
 

A la fin de votre livre, vous vous lâchez franchement sur les crétins.

Je me suis arrêté dans ce premier volume aux attentats de Charlie mais je ne voulais pas y revenir parce tout avait été dit et puis j’avais deux copains : Cabu et Wolinski. J’ai préféré faire un chapitre sur les crétins parce que je n’avais rien trouvé d’autre. Dans les périodes troubles, d’incertitude, la religion prend une trop grande importance. L’année dernière, j’avais fait un livre pour expliquer que toute croyance amène les conflits, inéluctablement. Depuis des siècles et qu’importe les religions, on n’évolue pas parce que nous sommes cons.

Propos recueillis par Pascal Hébert.

 


François le Petit de Patrick Rambaud (Grasset). 236 pages. 16,50 €.


Patrick Rambaud en bref :

  • Patrick Rambaud a écrit plus d’une trentaine de romans.
  • Il a obtenu le prix Goncourt et le prix de l’Académie française avec La Bataille en 1997.
  • Il a publié jusqu’à la fin du mandat de Nicolas Sarkozy à la présidence Chronique du règne de Nicolas 1er






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