France Culture

Alan Stivell fêtera en 2018 ses cinquante ans de carrière

Publié le  Par Pascal Hébert

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Maël Hébert

« La Bretagne réclame toujours l’autonomie au sein de la République française »

Le  Festival du chant de Marin a eu une résonance particulière cet été à Paimpol (Côtes-d'Armor). Alan Stivell, invité vedette, s’est produit devant 16000 personnes pour un concert exceptionnel. Exceptionnel à divers titres. Après une tournée triomphale en 2016, Alan Stivell s’est retiré pour préparer deux CD qui sortiront l’an prochain, l’un avant l’Olympia du 17 mars 2018 et le second à l’automne. A Paimpol, Alan Stivell a offert au public et à ses nombreux fans un avant-goût de nouvelles orientations artistiques. Avec des arrangements d’un nouveau genre, le poète celtique revisite des titres mythiques auxquels s’ajouteront de nouvelles chansons. Loin de s’endormir sur ses lauriers en proposant un concert semblable à ceux des 70s, Stivell confirme son rôle de vrai chercheur du son et de la musique. Une nouvelle preuve nous en a été donnée en live. Mais Stivell, c’est aussi une voix envoûtante qui touche les cœurs à tous les coups. En fin de concert, Gabriel Yacoub a rendu hommage à Alan en venant chanter par surprise. Et celui-ci, à son tour, a dit tout le bien qu’il pense de Malicorne et de Gabriel. 
 

Dimanche matin, le lendemain du concert, à quelques lieues de l’île de Bréhat, l’île majuscule de la Bretagne, Alan Stivell nous accueille avec le sourire de l’ami que l’on a quitté la veille afin de poursuivre une conversation toujours recommencée. Si des micro-processeurs au silicium remplaceront un jour la mémoire des hommes, il y aura toujours quelque part un Alan Stivell pour nous éclairer sur nous-mêmes.


Dans ton concert de Paimpol, tu affirmes : « Sans langue bretonne, pas de Bretagne. » Peux-tu développer ?

Si on prend l’exemple du gaélique écossais, devenu hyper minoritaire, voire homéopathique, je considère qu’il reste comme un petit foyer indispensable dans une maison du village. On parle de pays celtes parce que, même minoritaires, il y a des gens qui y parlent une langue celtique, symptôme évident d’une identité, qui se perpétue, au moins un peu, hors de la langue même si on ne la parle pas. Aujourd’hui, c’est 60.000 personnes sur 5 millions d’habitants en Ecosse. Et nous sommes moins de 5% des Bretons à parler ou comprendre notre langue.

Est-ce que les langues régionales peuvent mourir ?

On voit que les langues minoritaires sont des espèces en danger de mort, à l’instar de beaucoup d’espèces animales ou végétales. Et c’est aussi grave. Si on n’arrête pas ce désastre, l’Ecosse comme la Bretagne ne seront plus que des provinces anglaise et française comme d’autres, sans vraie spécificité. Il n’y a rien de naturel dans cette agonie. Je ne parle pas de langue régionale, car, pour nous, la Bretagne et l’Ecosse sont des nations. Ou, si vous voulez, des « nations-régions » (le terme officiel étant « minorité nationale »).

La Normandie réunifiée se cherche une identité. Toi le Breton érudit, comment vois-tu cette identité ?

Etre normand, c’est être dans une province française qui s’appelle la Normandie et qui a sa personnalité. Mais son identité culturelle est une variante de la culture française, aussi française qu’une autre. Pour les minorités nationales périphériques (Bzh, Flandre, Alsace-Moselle, Corse, Catalogne, Pays Basque, Occitanie, éventuellement Savoie), comme pour les territoires ultra-marins, elles sont culturellement étrangères. La Bretagne est, elle, une composante de la culture celtique, comme l’Alsace est une composante de la culture germanique. L’histoire a aussi donné un statut de « province réputée étrangère » à la Normandie comme à la Bourgogne pour avoir été des Etats indépendants. Ceci ne change en rien, pour elles, le fait qu’elles soient composantes de la culture française (on sait que les influences scandinaves sont quasi négligeables aujourd’hui dans les dialectes normands).

« Les Bretons veulent plus de régionalisation et plus d’Europe »

La Normandie, la Bretagne, y vois-tu un trait d’union ?

On se place toujours dans la comparaison. Certains Normands se disent que les Bretons, on en parle tout le temps, etc. Et si on classe la Bretagne dans les « simples » régions, et le breton dans les dialectes, on peut nous croire prétentieux et chauvins, quand nous considérons simplement les faits. Et je méprise d’autant moins les dialectes que je considère que chacun d’entre nous parle toujours le dialecte d’une langue. Je considère, en effet, que le français de l’Académie ou de la télé sont des dialectes ou variétés de français au même titre que le normand et le champenois. Et qu’aucun doit être dévalorisé.

La Bretagne a manqué le train de l’Histoire avec cette réunification tant espérée et de nouveau recalée. Qu’en penses-tu ?

Je considère que de ne pas avoir rattaché la Loire-Atlantique à la région Bretagne est une tragédie. Si les Normands sont parfois jaloux des Bretons, pour le coup, les Bretons peuvent être jaloux des Normands qui ont leur réunification pleine et entière. Trois cents personnes manifestent sur le pont de Normandie et cela suffit pour la réunification. 20.000 personnes manifestent tous les trois ans pendant soixante ans à Nantes pour la réunification et on ne l’a pas. C’est là que l’on voit la différence entre une nation-région et une région-région. Qu’est ce que cela signifie ? C’est qu’une « région-région » ne demandera jamais son indépendance. Et si les pouvoirs « centraux » n’ont jamais fait confiance aux Bretons, c’est qu’ils n’ont d’abord aucune confiance en eux mêmes et dans leur solidité (cf Poniatowsky). Pourtant rien ne prouve que le jour où nous aurions la liberté donnée aux autres peuples minoritaires européens, nous ne nous satisferions pas de l’autonomie interne. En donnant certaines libertés aux Bretons, la France a même la frousse que la langue française s’approche de la mort. Disons le clairement, la France a peur d’affaiblir le français en autorisant le breton.  Mais, là, Paris s’arroge un droit de vie et de mort sur cette partie de l’héritage et du potentiel humain (artistique, philosophique, scientifique, spirituel) que le monde délègue à la France de protéger. En n’appliquant pas le bilinguisme considéré comme un droit de l’humain, elle fait bien pire que la destruction de Palmyre. Et je pèse mes mots. Sur le plan économique, le gros larcin qu’est le vol de la Loire-Atlantique, est évidemment un énorme handicap pour la dynamique de la Bretagne, 44 compris. Et j’affirme même que c’est préjudiciable à l’Ouest non-breton. Ne serait-ce que le label Bretagne est connu dans le monde entier. La Bretagne réclame toujours l’autonomie au sein de la République française. Nous, Bretons, avons toujours été régionalistes ou autonomistes. On a toujours réclamé le pouvoir d’un Land allemand. On a toujours réclamé plus de région et plus d’Europe. C’est le système électoral qui contrecarre cette demande en général, sauf quand les voix bretonnes arrivent quand même à faire pencher la balance.

Pour les cinquante ans de ta carrière, que nous réserves-tu comme surprise en 2018 ?

Je prépare pour le début de l’année 2018 un nouvel album un peu comme un nouvel « Again » du 21e siècle. L’idée est de revisiter certains titres avec des invités. Mais en plus, j’ajouterai des inédits. Je prépare un concert qui sera donné à l’Olympia le 17 mars. Ceci après, notamment, un concert au Dublin Castle le 26 janvier. C’est une belle occasion de faire un tour d’horizon de mon parcours.  A la fin de l’année 2018, toujours dans l’idée de ces cinquante ans, je sortirai un double album, qui sera un rapide medley panoramique de mes 300 titres enregistrés. Et il y aura un aspect audiovisuel. Bien évidemment, il s’agit d’un nouveau spectacle avec une nouvelle équipe et de nouveaux titres. L’idée, un peu comme à Paimpol, est notamment le remplacement de la batterie par des percussions celtiques et machines électroniques. A bientôt, kenavo !

Propos recueillis par Pascal et Maël Hébert







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