France Culture

Vers la beauté, de David Foenkinos

Publié le  Par Pascal Hébert

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David Foenkinos vient de franchir l’Everest littéraire. Son dernier roman, Vers la beauté, est une pure merveille. Rien de moins. On connaît le talent de cet écrivain qui affine son style au fil des livres qu’il produit. Au-delà du style, David Foenkinos maîtrise parfaitement l’art de la mise en scène pour nous emmener là où il veut bien nous conduire avec un certain panache.

Dans son dernier roman d’une force incroyable avec des passages éprouvants, reconnaissons-le, les questions surgissent  sur notre humanité. Maîtrisant également l’art de l’esquive, David Foenkinos nous montre des personnages avec leur force et leur faiblesse. Du plus gentil au plus salaud, tous gardent leur humanité grâce à un jeu subtil d’écriture que Foenkinos ne manque pas de nous livrer.
 

Entre le monde des adultes installés et celui des adolescents en quête d’eux-mêmes, un jeu de miroir s’installe avec bonheur mais aussi avec effroi. Si l’histoire tourne autour d’une petite Camille, jeune fille de 16 ans qui a des dispositions pour la peinture, les autres personnages ont une épaisseur troublante. Plusieurs passerelles entre ces deux mondes sont jetées par David Foenkinos qui ne néglige aucun détail, aucun abîme.
 

La première partie de ce roman est extraordinaire, disons le sans ambages ! Elle nous ouvre les portes du monde d’Antoine Duris, un professeur émérite des Beaux-Arts de Lyon devenu simple gardien de musée à Orsay. Reclus à Paris, le professeur a décidé de se punir d’une faute irréversible, qu’il pense avoir commise dans le cadre de son travail. Cette première partie est sacrément bien écrite. Une belle leçon d’écriture pour les romanciers en herbe qui peuvent en prendre de la graine. Ici, tous les ingrédients d’un bon livre sont concentrés pour nous emmener tout droit vers le tragique où la beauté et l’innocence côtoient ce qu’il y a de plus bas dans l’humanité.


Cette première partie nous propulse ensuite dans un monde tragique. Celui que l’on connaît et que l’on regarde souvent de loin : le viol. Avec une écriture maîtrisée jusqu’au bout du stylo, David Foenkinos s’enfonce dans le drame pour nous décrire une scène insoutenable où les sensations des deux protagonistes sont décrites avec une précision d’horloger.
 

Comme une caméra collée à nos yeux, on ne quitte pas la jeune Camille qui doit tenter de survivre avec ce traumatisme. Le mal-être, les interrogations des parents, des amis se mêlent à notre stupeur, notre désarroi. Lorsque l’on se trouve ainsi au bout du monde, de la vie, peut-on revenir en arrière ? C’est la question que pose David Foenkinos. Malgré les rencontres, le peu de réconfort et une passion pour le beau, le tragique sonnera comme un glas au fil de la lecture en parvenant à rattraper la jeune Camille qui s’en va tout le temps et à la fin définitivement. Et nous, oiseaux forçats, pouvons-nous revenir après l’horreur ? 
 

Pascal Hébert
 

Vers la beauté, de David Foenkinos. Editions Gallimard. 223 pages. 19 €







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