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La punition, de Tahar Ben Jelloun

Publié le  Par Pascal Hébert

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F. Mantovani

Il a été l’un de ces 94 hommes punis. Oui, punis par l’Etat pour avoir osé manifester publiquement et pacifiquement. En 1965, les étudiants sont dans la rue. Ils font leur mai 68 avant les Français. Dans un Maroc, tiraillé entre le modernisme et un passé séculaire, cette manifestation ne passe pas auprès d’un pouvoir qui veut tenir le pays d’une main de fer.

La répression est bien entendu sanglante. Il y a des morts, des blessés et des rescapés. Parmi les manifestants, on retrouve un certain Tahar Ben Jelloun. L’écrivain majeur de la francophonie, prix Goncourt,  revient sur ces événements mais aussi sur les conséquences de ses actes dans un livre magnifique : La punition. Il aura fallu cinquante ans à Tahar Ben Jelloun pour narrer cet épisode partagé avec ses camarades d’infortune. Entre 1966 et 1968, dans un Maroc où la surveillance des citoyens est un sport national, le gouvernement retrouve rapidement et facilement ceux qui ont osé s’opposer à l’autorité d’un Etat corrompu. Sous couvert d’un service militaire qui n’en a que le nom, tous ces jeunes sont envoyés au fin fond du pays dans un pseudo camp militaire dirigé par une bande de psychopathes, dont le seul but est de briser la volonté de ces étudiants un peu trop penseurs et donc subversifs. Dans cet enfer sur terre, où les corps sont brisés, torturés, l’esprit devient une arme de survie. L’esprit vagabonde. Tahar Ben Jelloun raconte très bien comment il a pu affronter la violence gratuite, la bêtise et la torture morale et physique. Dans ce récit, mis en lumière par une écriture humaniste, Tahar Ben Jelloun revient sur ces disparus marocains. Le romancier en profite également pour éclairer l’affaire Ben Barka, liée à aux intrigues d’un gouvernement paranoïaque.  

Avec La punition, Tahar Ben Jelloun fait œuvre de pédagogie pour expliquer sans jugement le Maroc des années soixante. Un Maroc sortant de la colonisation française et pas encore mur pour s’ouvrir au monde. Avec Tahar Ben Jelloun, le devoir de mémoire s’inscrit dans une démarche pacifiste et non marqué du sceau de la revanche !

Pascal Hébert

La punition, de Tahar Ben Jelloun. Editions Gallimard. 154 pages. 16 €







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