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Le sang des Highlands de Gilles Bornais

Publié le  Par Pascal Hébert

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Pascal Hébert

Gilles Bornais a renfilé son costume de détective. Il était temps ! Depuis 2001 et la parution de l’excellent Diable de Glasgow, le créateur du détective Joe Hackney de Scotland Yard, poursuit une œuvre de romans policiers aussi déroutants que ses personnages. Auteur atypique, tout autant que son enquêteur vedette, Gilles Bornais se révèle un maître du suspense dans une discipline qui ne souffre d’aucun amateurisme.

Au fil du temps, les lecteurs s’attachent à ce Joe Hackney, policier hors norme du Londres de la fin du 19e siècle. Dans cette nouvelle aventure Le Sang des Highlands, Joe Hackney prend la direction de l’Ecosse profonde et plus précisément des rives du Loch Ness pour résoudre la mort mystérieuse d’une paléontologue de renommée internationale ainsi que celle de son mari. Les corps de ces deux Anglais ont été retrouvés au bord du Loch Ness mutilés et amputés de leurs bras. Le fils du couple et un ami ont également disparu. Il n’en faut pas moins pour que Scotland Yard soit appelé à la rescousse afin d’épauler la police locale, dirigée par Gareth Thaur, un colonel en retraite, personnage lui aussi haut en couleur. Derrière ses méthodes, somme toute militaires, se cache un bon bougre que Joe Hackney parviendra finalement à mettre dans sa poche. Ancien voyou aux méthodes inclassables, cet enquêteur possède un flair et une intuition qui font de lui un flic attachant. Mais dans une affaire où les disparitions et les meurtres s’enfilent comme des perles, Joe Hackney ne manquera pas de fil à retordre. Le fin limier de Scotland Yard sera un bon moment dans le brouillard avant de voir le début d’une piste sérieuse. Entre temps, Joe Hackney tentera de comprendre les habitants du Loch Ness, aussi mystérieux que Nessie. Parcourant les landes brumeuses à la recherche d’un ou plusieurs meurtriers, les détectives devront braver les légendes et ceux qui les nourrissent. Maître dans l’art du suspense, Gilles Bornais a mis le paquet dans ce roman aux multiples rebondissements et dont l’issue trouve ses racines dans la petite et grande histoire. Une fois de plus, l’auteur s’est attaché à restituer un maximum de faits liés à la réalité de cette époque. Avec son humour bien à lui, Gilles Bornais se lâche dans Le sang des Highlands !

Comment as-tu été inspiré par cette histoire tonitruante dans les Highlands ?

Pour l’un de mes autres romans, j’avais rayonné dans la région d’Inverness et du Loch Ness. Depuis, j’avais envie d’y situer une intrigue policière. Quant à l’histoire proprement dite, je n’avais l’idée que d’une femme passant pour folle et croyant au monstre du Loch et qui se retrouvait mêlée à un meurtre…

Après les faubourgs de Londres, Joe Hackney enquête dans le Royaume. Est-ce le Loch Ness qui t’a attiré ?

Oui, d’ailleurs le roman s’est longtemps appelé Loch Ness. J’avais envie de tirer parti de cet endroit à l’ambiance si particulière sans tomber dans le cliché du monstre.  

Parle-nous de la préparation d’un tel roman. As-tu besoin de te rendre sur place ?

J’ai passé dix jours, à Inverness et tout près du loch. Je l’ai parcouru en Zodiac, au point de découvrir certains détails qui ont pris toute leur place dans le livre. J’ai pris mes quartiers aux Archives du comté d’Inverness pour consulter les plans de l’époque ainsi que les registres de la police dont il est beaucoup question dans le roman, j’ai également lu plusieurs livres pour reconstituer la partie proprement historique sans la trahir.

Comment as-tu pu restituer les ambiances que l’on découvre dans ce roman et qui semblent si réalistes ?

Pour le loch et ses environs, ce n’est pas difficile, ils n’ont guère changé depuis 1892. Inverness à changé en revanche, mais sur place j’ai trouvé beaucoup de gravures et même des photos de l’époque.

Toi qui as été journaliste, ton métier ne te rattrape-t-il pas pour coller d’aussi près aux événements qui se sont déroulés à la même période avec ces personnages aussi vrais que nature ?

J’ai en effet du mal à tout inventer. J’aime bien que la fiction s’ancre sur un décor et quelques événements bien réels, je suis beaucoup plus à l’aise. Je pense que c’est aussi ce qu’attend le lecteur, il veut se retrouver réellement à Inverness et autour du Loch en 1892. Tous les petits faits divers que je cite, par exemple, sont authentiques, je les ai trouvés consignés dans les archives de la police.

Il y a une fois de plus dans ce livre des personnages incroyables, comme le colonel Thaur. Que peux-tu dire sur cet enquêteur qui tient le haut du pavé ?

Dans la plupart des enquêtes Joe Hackney, l’inspecteur de Scotland Yard, est envoyé dans un coin plus ou moins perdu du Royaume où il doit coopérer avec un policier local, ce qui se produisait véritablement quand les enquêtes criminelles n’avançaient pas. Pas mal de ces policiers (un métier tout récent à l’époque) étaient recrutés parmi les militaires en retraite, ce qui m’a donné l’idée de composer le personnage de Gareth Thaur, un ex-colonel qui guerroyait dans les conflits coloniaux les plus atroces pendant que Joe Hackney était encore malfrat dans les bas-fonds de Londres. Fatalement, ils n’ont pas la même culture de la police, de la justice et de l’honneur et vont avoir du mal à s’entendre.

Comment analyses-tu l’évolution de Joe Hackney ?

Il n’évolue pas tant que ça, entre sa mère couturière chez qui il loge à Londres, sa petite amie entraîneuse de cabaret qui passe son temps à suivre des aventuriers, et ses maîtresses (en moyenne une par roman). Dans Le Sang des Highlands, il se bat beaucoup, poursuit pas mal de gens, en fiacre et bateau, sur la route, dans la mer, la forêt, la rivière Ness et le Loch… C’est sûrement le roman où il se démène le plus et  se met le plus en danger.

Contrairement aux précédents romans de Joe Hackney, l’histoire n’est pas vue à travers son prisme. Pour quelle raison ?

J’avais besoin qu’elle soit racontée par un narrateur omniscient parce qu’il y a plusieurs scènes importantes où Joe n’est pas là. Cela me permet de faire à intervalles réguliers des gros plans sur des personnages qui peuvent apparaître comme louches voire suspects.

As-tu en projet un nouvel épisode ?

Oui, ça se passera sur la côte ouest, du côté de l’Ile de Skye. J’avais l’idée précise d’une intrigue assez effrayante et crépusculaire, et en faisant des recherches pour me documenter je suis tombé sur un épisode bien réel qui ressemble beaucoup à ce que j’avais imaginé...

Peux-tu nous dire ce qu’il y a de commun entre toi et Joe Hackney ?

A part que nous soyons plutôt solitaires, absolument pas mondains, peu sociables, mais  actifs et volontiers troublés par les dames pianistes aux yeux indigo, je ne vois pas. Il faudrait peut-être lui demander.

Propos recueillis Pascal Hébert

Le sang des Highlands, de Gilles Bornais. Editions City. 384 pages. 18, 50 €.







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