France Economie

Alstom : Montebourg et Hollande à la manœuvre

Publié le  Par Raphaël Didio

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Flickr - Alex van Herwijnen

Le conglomérat américano-canadien General Electric semblait bien parti pour conclure l'achat de l'industriel français Alstom, mais le groupe Allemand Siemens s'est mêlé à la bataille.

48 heures : c'est le temps de réflexion supplémentaire que s'est accordé le conseil d'administration d'Alstom afin de trancher entre General Electric (GE), qui a d'ores et déjà formulé une offre ferme et concrète à leur attention, et l'Allemand Siemens, qui se préparerait à proposer une offre similaire. Dans un communiqué publié dimanche soir, Alstom a indiqué qu'il « poursuit et approfondit sa réflexion stratégique et informera le marché d'ici mercredi 30 avril matin. Dans cette attente, la société a demandé que la cotation de son titre reste suspendue. »

L'ampleur est telle que le gouvernement français s'est incrusté dans les négociations et un proche de l'affaire a ainsi déclaré au Monde que «le gouvernement a mis une telle pression pour que le deal ne se fasse pas qu'il était difficile de ne pas en tenir compte». Invité de RTL ce lundi matin, Arnaud Montebourg a d'abord assuré que « les entreprises françaises ne sont pas des proies », que le gouvernement n'acceptait aucunement d'être « mis devant le fait accompli » et que les prochaines 48 heures seront mises à contribution afin de « travailler à l'amélioration des offres ».

Pour l'instant, le gouvernement étudierait les deux propositions mais le ministre de l'économie a affiché sa préférence pour l'offre de Siemens. « Soit on se fait racheter par Boeing, soit on décide de construire Airbus », a-t-il lancé sur RTL et selon lui, GE «pose un problème pour une raison simple, c'est que l'essentiel d'Alstom, 75% de l'entreprise, 65 000 salariés dans le monde vont être dirigés depuis le Connecticut». Ce matin à 9h30, le directeur général de GE, Jeffrey Immelt, a été reçu à l'Elysée par le président François Hollande et Arnaud Montebourg. Le PDG de Siemens, Joe Kaeser, devrait être reçu à 18h, mais aussi Martin Bouygues à 19h15, premier actionnaire d'Alstom avec 29,4 % du capital.
 

Les propositions

Reste à connaître désormais les détails de l'offre : celle de General Electric serait la plus aboutie puisqu'il s'agit d'une offre ferme et financée, soutenu par le PDG d'Alstom Patrick Kron. Le géant nord-américain convoite l'activité énergie du groupe français, qui représente 73 % de son chiffre d'affaire, et un montant supérieur à 10 milliards d'euros a été proposé - 12 si l'on tient compte des 2 milliards d'euros de trésorerie de la filiale. Pour remporter cette bataille, Jeffrey Immelt compte prendre ce lundi des engagements auprès de l'Elysée : GE serait prêt à mettre en France le siège mondial de ses éoliennes en mer et à y relocaliser certaines de ses activités énergie se trouvant en Europe.

Côté Allemand, on a pour le moment transmis une lettre d'intention samedi en fin de journée. Siemens se dit prêt à formuler rapidement une offre ferme, mais exige d'avoir accès aux mêmes informations que GE aurait pu bénéficier. L'offre serait similaire à celle de son concurrent sur le dossier : Siemens reprendrait, comme GE, les turbines et réseaux intelligents d'Alstom, pour un montant équivalent. Mais Siemens se dit prêt à apporter une partie de ses propres activités dans les trains à grande vitesse et locomotives, afin d'accroître le pôle ferroviaire du groupe français.  Il accepterait aussi de localiser le siège mondial de son activité en France. La promesse de ne procéder à aucun licenciement durant trois ans dans l'Hexagone a aussi été faite.


Quid du gouvernement ?

D'après Le Monde,  le gouvernement proposerait à GE de mettre en Bourse l'activité énergie du nouvel ensemble GE-Alstom pour « veiller à ce que des usines et de la recherche soient maintenues en France », selon un proche de Bercy. Politiquement, un rapprochement avec Siemens serait plus judicieux sur le papier, puisque François Hollande avait appelé à la création d'une « grande entreprise franco-allemande pour la transition énergétique »  lors de sa fameuse conférence de presse le 14 janvier dernier. Toujours selon Le Monde, des engagements supplémentaires sont toutefois exigés, à savoir l'activité de fabrication de métro, tramways ainsi que celle de ses trains à grande vitesse ICE .

Le ministre français du Travail, François Rebsamen, a lui indiqué ce lundi matin sur France Inter vouloir  « que tous les emplois soient sauvegardés ». Alstom emploie 93 000 personnes à travers le monde dont 18 000 en France et son futur passera inévitablement par un démantèlement. Après son plan de 1 300 suppressions d'emploi à l'automne dernier, un rapport interne a pointé des capacités en surproduction.

Quant au management du groupe français, un accord avec Siemens ne fait pas partie des projets.« L'activité transport d'Alstom n'a pas besoin d'être renforcée et la technologie des Allemands est de toute façon dépassée. Siemens cherche à nous refiler ses problèmes », confie un proche du dossier. Reste à savoir désormais si l'on ne se dirige pas vers un conflit entre Patrick Kron et le gouvernement... La décision finale devrait logiquement se conclure mercredi.







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