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L’âge du fond des verres de Claire Castillon

Publié le  Par Pascal Hébert

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Claire Castillon revient dans la collection Gallimard Jeunesse avec une nouvelle pépite. "L’âge du fond des verres", son tout nouveau roman, est une photographie de l’entrée en sixième de la jeunesse du XXIe siècle. Une photographie, vue de l’intérieur par une petite fille qui décrit ses sensations.

A chaque étape de la vie, le rythme scolaire est un témoin de l’évolution de ces chères têtes brunes et blondes. Ce cap, qui fait passer de l’enfance à l’adolescence, n’est pas un chemin tranquille. L’âme s’éveille au monde sous toutes ses formes avec son lot de bienveillance, de cruautés sans oublier les maladresses. Guilène est une petite fille ordinaire qui découvre, grâce à sa copine Cléa, les codes de ce nouveau monde. Le passage en sixième ne s’arrête pas à l’enseignement. C’est aussi la découverte de l’autre, du premier émoi, des professeurs versatiles.


C’est dans cette transition que Claire Castillon jette l’ancre avec tout le brio qu’on lui connaît. C’est l’âge où il faut subir les réflexions des uns et des autres. Tout y passe. C’est l’âge aussi où il faut apprendre à créer sa propre carapace. Le talon d’Achille de Guilène, ce sont ses parents. Ils sont vieux ! Ils sont plus vieux que ceux de ses camarades de classe. Ils sont de la vieille époque. Plutôt que de regarder la télé, on joue au Monopoly, le soir, chez Guilène. Le portable, devenu si indispensable aux ados (voire vital), n’est pas d’actualité pour la fille de Chantal et Clément.


Dans ce livre, Claire Castillon met en avant deux styles de parents. Ceux qui entrent parfaitement dans le moule de la société de consommation avec un paraître impeccable mais un monde intérieur dévasté ou vide et un autre à l’extérieur has been mais plus sincère dans ses actes et ses intentions. Cette dualité guide ce roman où Claire Castillon nous interroge sur ce que l’on est, ce que l’on donne à voir et ce que les autres voient de nous. Dans ce récit, à la fois drôle et tendre, l’amour avec un grand A s’impose. Un amour basé sur la confiance : « Mes parents sont deux amours. Ils ont le bon remède. C’est la confiance. J’ai tellement confiance en eux que je peux avoir confiance en moi et cesser de me ratatiner. » C’est ce que nous recommande avec toute la finesse qu’on lui connaît celle qui affirme haut et fort : « On n’empêche pas un petit cœur d’aimer. »


Pascal Hébert

L’âge du fond des verres, de Claire Castillon. Gallimard Jeunesse. 164 pages. 12 €.

 

Trois questions à Claire Castillon

 

L’entrée en sixième, c’est comme entrer dans le monde après l’apprentissage du langage en primaire. Comment as-tu vécu ce passage ?


J’ai ressenti la liberté. Je crois qu’avoir plusieurs professeurs me plaisait. La possibilité de changer de matière et de personne. J’avais le sentiment qu’il y avait plus de place pour l’air, pour la solitude. C’était la fin d’un ratatinement.


Dur, dur pour Guilène de supporter le regard des autres. Comment peut-on y échapper ?


Y échapper, non. Mais le voir comme un regard. Le regard des autres qui nous regarde. Et après ? Pour Guilène, la douleur vient du fait qu’elle trouve le regard de ses camarades injuste. On se moque de ses parents qui s’avèrent être, au final, les plus délurés des parents de sa classe. Les plus ouverts. Les plus généreux. Les plus à leur place. A force de souffler sur un regard froid, il se réchauffe. J’ai passé mon enfance à aimer les regards froids, durs. J’avais le pouvoir de les rendre humains et doux en restant moi.


Aimer ses parents et en avoir honte, tel est le dilemme de Guilène. Comment peut-on réussir à s’intégrer dans un groupe lorsque les différences peuvent retourner les situations dans le bon ou le mauvais sens ?


J’ai toujours fui les groupes, j’étais incapable de m’y sentir à l’aise. Pas parce que je me sentais différente mais parce que je n’avais pas envie de faire ni d’être “pareille”. Je n’avais pas envie des mêmes activités, au même moment, systématiquement, et avec les mêmes personnes. Je pense que pour s’intégrer dans un groupe, il ne faut pas vouloir en être. Il faut avoir envie, parfois, d’être ensemble. Etre ensemble ne veut pas dire être pareil. S’intégrer ne veut pas dire rétrécir. Ni diriger. Il y a peut-être “intègre” dans intégrer. Si ce n’est pas juste, faisons comme si.


Recueilli par PH  

 







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