France Culture

Crispy septembre, de Claire Castillon

Publié le  Par Pascal Hébert

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Avec son précédent livre, "Un petit peu malheureusement", Claire Castillon nous avait littéralement coupé le souffle et avait fini par nous émouvoir jusqu’aux larmes. Elle s’était surpassée dans ce récit particulièrement troublant, puissant, drôle, poétique et bouleversant. Du grand art ! Dans cette collection jeunesse où elle excelle, la romancière continue son œuvre en ouvrant avec "Crispy Septembre" le premier volet d’une mini-série drôle, tout en abordant des sujets sérieux.

Comme les préoccupations des adolescents et plus particulièrement celles de la jeune Malène, qui donne sa voix à ce récit assez savoureux. Inscrite dans un décor d’un autre temps avec des personnages hauts en couleur, cette histoire rocambolesque part très vite de travers. Après des vacances gâchées avec un repli stratégique à Merds-les-Os au lieu de la Croatie, la famille de Malène retrouve son hôtel du Clos du Petit Prince en Provence. A l’heure de la rentrée scolaire, les contrariétés continuent pour Malène abordant une classe de quatrième sans ses copines des classes précédentes. Et dès le premier jour, elle se fait virer du cours d’anglais. Été pourri, rentrée pourrie. La scoumoune s’installe dans cette famille foutraque composée d’un père directeur d’hôtel, d’une mère comptable pour le même hôtel et de Gaëtan, son grand-frère, en troisième, illustrant bien la bof génération.

 

Dans ce contexte singulier, la jeune adolescente peut compter sur l’appui de mamie Cassis. Un drôle d’engin cette mamie ! Elle aussi ne manque pas d’originalité. Mamie Cassis a pris en main les lectures de sa petite fille. Tous les soirs, elle tient absolument à lui lire la vie d’une adolescente. Lorsque l’on est en quatrième, il n’y a pas que l’école et la famille qui comptent. Les copines sont importantes, voire très importantes. Elles sont comme votre miroir vous présentant les facettes de vous-même que vous ne voulez pas voir. Malène tente de trouver sa place dans des relations incandescentes et souvent explosives. Surtout lorsque l’on est animé par le désir de plaire. En quatrième, on n’est plus en cinquième. On a même davantage envie de concrétiser un premier émoi.


La petite Malène a jeté son dévolu sur Liam, qui lui-même a un crush pour l’influenceuse Tik Tok Ombrelane. Véritable caricature de l’ado en perdition dans un monde virtuel, cette Ombrelane est un beau reflet de ces jeunes filles se ressemblant toutes sur les réseaux sociaux. Rien ne va et Malène dit ce qu’elle pense des conseils qu’on peut lui prodiguer : « En fait, je ne sais pas pourquoi j’applique les conseils de ma mère. Être moi-même, viser l’authenticité, miser sur le naturel, faire avec ses défauts et les transformer en qualités. Alors que franchement, c’est beaucoup plus simple de raconter un gros bobard pour mettre tout le monde dans sa poche. » Elle n’hésite pas non plus à exprimer sa gêne lorsqu’elle présente une copine à sa mère : « Par la fenêtre, je vois mamie Cassis et ma mère traverser le jardin. Elles discutent et je crois que maman sourit. J’espère qu’elle ne va pas me sauter au cou devant Ombrelane ou m’appeler par des surnoms débiles. Elle me fait toujours peur avec sa tendresse. Je veux dire que c’est agréable qu’elle m’aime, mais parfois elle est encombrante. »

 

Le hasard faisant bien les choses, la vie met Chloé sur la route de Malène : « Mais, soudain, tout a basculé. Ma rencontre avec Chloé m’a aidée. Mais pas seulement. Une sorte de révélation. La famille sert peut être à vivre une transformation à travers la crise d’une seule personne. Maman a pété les plombs, papa a suivi et rien n’a explosé. On a juste réparé l’électricité et maintenant on y voit beaucoup mieux. »

 

La suite de cette mini-série à déguster sans modération est à découvrir en novembre avec Spicy décembre.


 

Pascal Hébert


 

Crispy septembre, de Claire Castillon. Éditions Gallimard Jeunesse. 202 pages. 14 €.


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Cinq questions à Claire Castillon

 

Dans quelle catégorie d’ados classes-tu Malène?

 

Dans aucune, et c'est un peu son problème! Déjà, Malène n'a pas le temps d'être une ado comme les autres, elle est trop occupée à surveiller sa mère! Quand l'adulte de la maison change de passion tous les trois mois, c'est l'enfant qui range derrière et qui garde le cap. Elle fait partie de ces jeunes filles qui grandissent plus vite d'un côté que de l'autre. Elle sait remplir un formulaire mais elle a encore peur du noir.

 

Tu définis particulièrement bien le début de ce ‘‘entre deux’’ entre l’enfance et le monde adulte. On sent la confusion de ces deux mondes avec Malène. Comme vois-tu les préoccupations des adolescents aujourd’hui ?

 

Je crois qu'elles n'ont pas tant changé : être aimé ou préféré, ne pas avoir honte, savoir à quel groupe on appartient. Ce qui a changé, c'est que tout se joue en public et en permanence. Avant, on pouvait danser comme un pied à une soirée ou raconter une blague nulle et c'était vite oublié. Aujourd'hui, la soirée existe en vidéo, avec les commentaires sous la vidéo. Les ados que je croise me semblent à la fois lucides et très fatigués. Ils savent exactement comment les autres les regardent, quelle note on leur donne et ça leur demande de résister, donc une énergie folle.

 

Comment étais-tu, adolescente ?

 

Je n'ai jamais été adolescente. Effrayée par le groupe, j'ai toujours fait en sorte de devenir grande très vite et de passer l'étape intermédiaire. Je voulais être adulte. Alors j'étais caméléon, apeurée à l'idée que les autres me regardent ou me trouvent bizarre si je cherchais la solitude ou le silence, mais animée par une seule envie : être toute seule. Je n'aimais déjà que les tête-à-tête. C'est compliqué à 13 ans.

 

Que penses-tu de ces influenceuses qui imposent leur modèle ?

 

Ce qui me frappe, c'est la mise en scène. Une influenceuse montre une cuisine où rien ne traîne, une peau sans pores et tout plein d'autres mensonges. Le danger, c'est qu'à la fin, on compare sa vraie vie à la photo de la vie des autres.

 

Comment protéger les jeunes des réseaux sociaux ?

 

En regardant les adultes. C'est affligeant. Allez dans n'importe quel café, train, salle d'attente ou pire, à la table d'un couple, chez lui ou au restaurant : un à deux téléphones sont généralement posés à côté de l'assiette, écran vers le haut. On dirait que c'est une table de quatre. Au pire ils ne se regardent pas, au mieux (?) ils se montrent des choses. En famille, le père fait défiler son écran pendant que l'enfant mange ses frites tout seul. Et c'est à cet enfant-là qu'on va expliquer qu'il passe trop de temps sur les écrans. Les adultes ne lisent plus. Ils ont des livres sur leur table de nuit, mais sous le téléphone qui charge. Ils ne s'écrivent plus non plus. Aujourd'hui, quand quelqu'un pense à vous, il ne vous envoie pas un mot, il vous envoie un émoji ou un post insta : l'adresse d'un restaurant, l'idée d'un voyage. On ne dit plus " Tu me manques", on dit "on se fait ça ?" avec une photo de burrata. Ça me met très en colère parce qu'un enfant n'obéit pas à ce qu'on lui dit, il copie ce qu'on lui montre. On peut lui faire tous les discours qu'on veut sur le temps d'écran, il retiendra juste le doigt de son père qui fait défiler son écran pendant qu'il lui raconte sa journée, ses copains, ses envies ou ses problèmes. Si les enfants regardent leurs parents pour apprendre à vivre, et c'est vraiment ce qu'ils font, le spectacle est le plus souvent dégoûtant. Alors protéger les jeunes, ça commence par lâcher son propre téléphone, écouter vraiment ce qu'ils disent, leur répondre personnellement et pas comme des machines, et ouvrir un livre devant eux, pour de vrai, jusqu'au bout. Ils ne nous croiront qu'à ce moment là.

 

Propos recueillis par P.H.







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