Paris (75) Politique

La chasse aux journalistes fait fi des libertés publiques

Publié le  Par Fabrice Bluszez

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C'était l'acte 28, le week-end précédent. Pour LSD Video sur YouTube, Adrien voulait filmer. Il le fait depuis l'acte 20. La chasse aux journalistes avec ou sans carte l'a conduit en garde à vue.

On ne verra pas sa tête (prudent), il ne donnera pas son nom publiquement. On peut aussi dire que ces gens ne sont pas journalistes puisqu'ils n'ont pas de carte de presse, que leurs médias sont sur Internet seulement et n'ont pas un tirage en nombre d'exemplaires...  Reste qu'ils sont sur le terrain, avec les gilets jaunes, dont on pourrait dire aussi qu'ils ne nous représentent pas puisqu'ils ne sont pas élus...

Mais le souci principal n'est pas là. Il est dans le respect des libertés publiques... Voici donc le témoignage d'Adrien...



 

« Je suis documentariste indépendant. J’ai été victime d’une mise en garde à vue abusive et d’une prolongation motivée par mon rôle de vidéaste au sein d’une manifestation. Mon témoignage remet en cause la liberté de la presse et de pouvoir informer.


Depuis l’acte 20, je suis le mouvement des gilets jaunes en immersion chaque samedi afin de réaliser un documentaire qui donne un regard proche, authentique et humanisant des manifestants, dans une démarche anthropologique. Je n’ai pas de carte de presse, je fais ça à but non-lucratif sur la chaine youtube "LSD Video". Ce samedi, je suis allé tourner pour l’acte 28 dans un cortège pacifique et sans débordement dans le 17e arrondissement. Nous nous sommes retrouvés nassés avec 80-100 personnes dont beaucoup de streets medics, ainsi que plusieurs médias comme L’AFP et RT France. Suite à ce nassage, la préfecture a décidé d’interpeller l’ensemble des personnes présentes. Les médias que j’ai cités ont été libérés grâce à leurs cartes de presse.


À 14 heures, nous avons été transférés dans un bus vers la sûreté territoriale du 19e arrondissement. Arrivés, ils nous ont expliqué qu’on nous maintiendrait deux heures dans un espace en extérieur avant de nous libérer. Mon nom a ensuite été appelé avec celui de deux street medics. Ils nous ont menottés et emmenés à l’intérieur pour une mise en garde à vue. Trois OPJ ont été déférés du commissariat de Riquet, pour s’occuper de nous.


Les motifs de mise en garde à vue étaient :

- « possession d’armes prohibées ». En référence à mon masque à gaz, mes lunettes de protection en cas de gaz lacrymogène, ainsi que mon casque de skate muni de quatre autocollants "PHOTO" pour distinguer mon activité.

- « participation à un groupement en vue de commettre des violences ou des dégradations ». Bien que la manifestation n’était pas déclarée, elle n’affichait aucun signe de violence.


Les OPJ nous ont ensuite auditionnés tous les trois, les mains attachées avec des Serflex trop serrés. Ils prennent rapidement conscience de notre innocence. Le ton change, nos mains sont détachées. Ils nous expliquent qu’ils vont prévenir la magistrate dans quelques heures, qu’il n’y a pas d’éléments contre nous et que notre libération devrait suivre vers 19 heures. En attendant, ils nous fichent (prise d’empreintes, photos). Puis nous sommes tous les trois mis en cellule. Vers 18h, un des OPJ vient nous voir sur ordre de la magistrate et me demande de déverrouiller mon téléphone pour l’inspecter, ils ne trouveront finalement rien. Plus tard, les deux street medics qui étaient avec moi sont libérés.
 

Je suis le dernier à sortir de cellule. Je retrouve les trois OPJ, ils m’expliquent que la magistrate a décidé de me garder en cellule pour la nuit en vue d’une fouille approfondie de mon téléphone ainsi que de la carte SD de caméra (qui contient à peine 10 minutes de rushes). Mon matériel de prise de vue et ma qualité de vidéaste sont les motivations exclusives de ce maintien en garde à vue. Les OPJ sont désolés, ils m’expliquent que la décision ne dépend pas d’eux, qu’ils appliquent les instructions, que mon activité touche un sujet sensible  d’ordre politique. À 19 heures, ils m’amènent au commissariat de Riquet, spécialisé dans le braquage en flagrant délit. Je suis placé dans une des quatre cellules, les trois autres sont occupées par des personnes n’ayant aucun lien avec la manifestation.


Mon dossier est transmis à l’OPJ de nuit qui inspecte une nouvelle fois mon téléphone ainsi que mes rushes, en vain. À 21h30 il m’explique que mes rushes illustrent une manifestation sans débordement. Il semble ne pas comprendre les raisons de mon maintien en garde à vue. Tout comme ses collègues, il affiche de la bienveillance à mon encontre. Il m’annonce qu’une décision sera exprimée par la magistrate le lendemain matin.


Après avoir passé la nuit dans une cellule délabrée, je suis libéré le lendemain à 10h30. Le motif retenu contre moi : "participation à un groupement en vue de commettre des violences ou des dégradations". »

Adrien, LSD Video.



 







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