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Triple A : la France est dégradée

Publié le  Par Jennifer Declémy

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La sentence est tombée hier soir, tel un coup de massue : la France ne fait plus partie de la cour des grands, elle et l'Autriche ont été dégradés hier par l'agence Standard & Poor's

Un vendredi noir. On se souviendra pendant longtemps de ce vendredi 13 janvier 2012 comme LE vendredi noir du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Même si la nouvelle était pressentie depuis le mois de décembre, même si le Gouvernement avait tenté depuis lors de préparer les esprits, la nouvelle n'en a pas moins fait l'effet d'une bombe dans le monde politique et économique.

Plusieurs pays de la zone européenne étaient dans le viseur des agences de notation, et la France se réjouissait de voir que l'Allemagne n'échapperait sans doute pas au coup de semonce. Une dégradation collective, et non pas individuelle, c'était ce qu'espérait ardemment le Gouvernement dont les expectations auront cependant été douchées hier soir, en apprenant que l'Allemagne, les Pays-Bas et la Finlande conservaient leur précieux sésame, et que seule l'Autriche l'accompagnait dans cette descente de notation. Désormais la France est expulsée du club des triple A d'Europe, et c'est tout son tandem avec l'Allemagne d'Angela Merkel qui en est menacé. Le scénario catastrophe de l'Elysée se prophétise : désormais, la France est à la remorque de son voisin germanique. En période électorale, ce n'est jamais bon.

La perte du triple A est un évènement en cela qu'elle a des conséquences à la fois politiques et économiques. Politiques tout d'abord, c'est évidemment une très mauvaise nouvelle pour le président sortant qui tentait, depuis le début de l'année, de détourner l'attention des français de son bilan, pour plutôt insister sur les réformes qu'il lance à 100 jours de l'élection présidentielle. Raté donc, Nicolas Sarkozy ne pourra plus échapper à son bilan qui pour beaucoup de français apparait très mauvais.

Deuxième conséquence politique, c'est naturellement l'effet d'aubaine pour ses opposants qui ont tous, en choeur, décrié non pas l'échec de la France mais l'échec de Nicolas Sarkozy. Ainsi François Hollande, qui affirme avoir dans son projet inclus cette menace de dégradation, note que "cette sanction signe l'échec de son quinquennat", ce que François Bayrou approuve en déclarant que "cette dégradation signe des années d'échecs et de dérives". Même son de cloche chez Eva Joly dont l'entourage s'exclame que "c'est le sarkozysme qui est dégradé, autant que l'austérité". Marine Le Pen en profite elle pour déclamer que ceci constitue le premier pas vers l'explosion de la zone euro, tandis que Jean-Luc Mélenchon appelle à une manifestation aujourd'hui, devant le siège français de l'agence de notation.

Mais si les effets politiques de cette annonce sont ceux qui retiennent le plus l'attention, ce sont néanmoins les conséquences économiques d'une telle décision qui doivent être analysés, et qui sont sans aucun doute bien plus graves. Si la dégradation des Etats-Unis l'été dernier n'aura pas connu de réels effets sur son économie, il n'en sera peut-être pas de même pour la France.

La première conséquence la plus immédiate est l'augmentation des taux d'intérêts de la dette, qui alourdiront donc la note que paie déjà la France, et qui pourrait donc mettre à mal les prévisions budgétaires de cette année. Alors que la France prévoyait de payer un peu moins de 50 milliards d'intérêt de la dette, si cela augmentait, on pourrait dépasser des intérêts à 3,7%, ce qui aménerait le Gouvernement à modifier la loi de finances de cette année et diminuerait de facto ses marges de manoeuvre en matière économique.

Derrière cela, c'est aussi les collectivités territoriales, les organismes publics et les entreprises qui souffriraient de la perte du triple A. Ainsi les entreprises cotées en bourse seront touchées par cette dégradation, tandis que les grands émetteurs de dette française verront leur note de qualité de crédit abaissée. Le Fonds Européen de stabilité financière pourrait lui aussi perdre son triple A, ce qui détruirait tout simplement les scénarios de sortie de crise dessinés par les pays européens. La France sera aussi de facto exclue des politiques d'investissement des grands fonds internationaux mais verra aussi son CDS (credit default swap, c'est à dire les assurances d'état qui garantissent la France et sa dette sur les marchés) augmenter.

Un scénario catastrophe, mais dont les effets sont encore mal connus. La France possédait un triple A depuis 1975, et la situation est donc inédite. Hier soir le Gouvernement, par l'intermédiaire du ministre des finances François Baroin, affirmait que ce n'était pas une bonne nouvelle, mais pas non plus la fin du monde. En réalité, les conséquences de cette décision commenceront à se faire sentir dès la semaine prochaine, avec les réactions des marchés et de la zone euro. Pour le moment, rien ne peut être prédit.

 







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