France Culture

Le garçon ébloui, de Xavier Le Clerc

Publié le  Par Pascal Hébert

image article

Francesca Mantovani

Les "Événements d’Algérie" comme on les a si longtemps et hypocritement nommés, n’ont pas grandi la France,; cette France éternelle s’accrochant coûte que coûte à son passé colonial antédiluvien après la Seconde Guerre mondiale. Parmi les atrocités de ces "événements", on oublie un peu trop celles engendrées par les essais nucléaires français réalisés dans le désert algérien à partir de 1960 et bien au-delà de l’indépendance de 1962.

Dans son roman, particulièrement bien documenté, Le garçon ébloui, Xavier Le Clerc revient sur cette page de l’histoire de la bombe atomique française. C’est dans le désert proche de Reggane, dans la cité interdite, que la France a montré sa puissance au monde entier en rejoignant le cercle très fermé des pays dotés. Mais à quel prix ?

 

« Hourra pour la France ! Depuis ce matin, elle est plus forte et plus fière », déclarait Charles de Gaulle après le succès de l’explosion de Gerboise bleu (une bombe au plutonium de 70 kilotonnes, soit près de quatre fois celle d'Hiroshima) le 13 février 1960.

 

Si la mémoire collective ne veut conserver que cette partie du message du général de Gaulle, la réalité du terrain révèle une autre facette plus sombre de cette réussite. En suivant Sébastien, un instituteur, appelé sous les drapeaux en 1959, nous entrons dans la cité interdite de Reggane. Accompagné d’Idir, son fils adoptif de 7 ans, retrouvé hébété dans un village ‘‘nettoyé’’ au napalm par l’aviation française, l’enseignant se trouve au ‘‘cœur du réacteur’’ du premier essai nucléaire français. Comme de nombreux appelés et professionnels, il rejoint la cohorte de ceux que l’on envoie sur la zone près du point zéro pour récolter les échantillons fortement contaminés. Avec leurs tenues conçues pour empêcher les poussières d’entrer en contact avec le corps et de simples masques à gaz, les militaires ont été plusieurs fois exposés aux radiations puisqu’ils ont assisté aux autres explosions (Gerboise blanche et Gerboise rouge) au cours de cette année 1960. Malgré les douches, les corps de beaucoup d’entre eux ont conservé des séquelles des expositions. Comme Sébastien et tant d’autres qui ont déclaré une série de cancers autour de la cinquantaine.

 

« Une pincée de radioactivité lointaine »

 

Que faut-il retenir de ce message du général Charles Ailleret déclarant le 20 février 1960 : « Nous n’avons pas à nous inquiéter d’une pincée supplémentaire, négligeable, de radioactivité lointaine. » Est-ce par un enthousiasme débordant, un manque d’information ou du pur cynisme que ce général a banalisé la radioactivité des Gerboises ? En attendant, comme le rappelle le romancier : « Les jours suivants, pourtant, le panache chargé de particules traversait la Lbye, le Tchad, le Niger, le Nigeria, le Ghana et le Burkina Faso. Le nuage qui atteignit le Mali, le Sénégal, la Mauritanie puis l’Algérie se dirigea vers les côtes espagnoles et siciliennes. »

 

Les années ont passé et les retombées des explosions des bombes nucléaires françaises ont laissé des traces à Reggane : « Le docteur Tahar m’a accompagné chez une dizaine de familles. Les enfants naissent tous malformés, atteints de déficiences mentales. » Idir rencontre des enfants victimes des bombes atomiques françaises comme Aziz, l’un d’entre eux, le crâne minuscule et le regard pétillant empli de joie de vivre, malgré tout.

 

Difficile de rester insensible devant le roman de Xavier Le Clerc narrant une histoire bien française, liée à la recherche de la puissance nucléaire d’une nation, qui a laissé des traces : « Sébastien se rappela l’éblouissante lumière des explosions. Du désert aux glaciers, nous ne sommes plus que des aveugles guidés par des aveugles. »

 

En conclusion, retenons cette magnifique phrase : « La guerre finit par consumer les cœurs des survivants. Il ne nous reste alors que le pardon pour éteindre ses flammes. »

 

Pascal Hébert

 

Le garçon ébloui de Xavier Le Clerc. Éditions Gallimard. 123 pages. 16 €.







Réagir

Si vous souhaitez voir votre commentaire apparaître directement sur le site sans attendre la validation du modérateur, veuillez vous identifier ou créer un compte sur le site Paris Dépêches.


Publier le commentaire

Me prevenir des réponses




Commande de vin

Vêtements bio

retour menuRetour au menu

© 2013 AMLCF - Réalisation : NokéWeb