Monde Politique

Afghanistan : l'espoir quand même ?

Publié le  Par Patrick Béguier

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La Vanguardia

Les images de Kaboul qui défilent sur nos écrans nous serrent le coeur, nous révoltent. Tout semble perdu. Un gâchis ! Que va-t-il se passer maintenant pour le peuple afghan ?

 

Décidément, les Américains perdent toutes les guerres et leurs objectifs d'exporter la démocratie et ses fameuses "valeurs" ne parviennent jamais à être atteints. Le droit d'ingérence, quand il s'appuie sur la force armée, est vécu au fil du temps comme l'occupation d'un pays par une puissance étrangère.

C'est donc un énorme sentiment d'échec que ressentent les pays occidentaux, aggravé par le nombre de morts et de blessés que chacun d'eux peut comptabiliser. Imaginons l'écœurement de celles et ceux qui ont perdu un de leurs proches dans une aventure sans lendemain.

Pouvons-nous néanmoins entretenir un espoir ? Pourra-t-il y avoir un acquis positif pour les Afghans, après toutes ces années ?

Méfions-nous des promesses des talibans. Ils ont compris qu'ils fallait, dans un premier temps, faire patte de velours, rassurer par de sages paroles. Mais les exercices de communication ne peuvent longtemps cacher la nature profonde d'une idéologie mortifère : la charia n'est pas un produit soluble dans la tolérance. En revanche, un puissant groupe d'insurgés n'est pas forcément capable de gouverner un État, surtout s'il est aussi vaste et accidenté que l'est l'Afghanistan. Les talibans, écartés du pouvoir central depuis de longues années, vont devoir s'accommoder de l'administration en place. Du moins, au début. Ils devront aussi tisser des liens commerciaux et diplomatiques avec les pays alentour, ce qui incite à la modération. L'isolement, en ce monde, n'est plus possible.

 

Le fils Massoud

 

Le plus dur pour eux est à venir. Ils ont frappé. Aujourd'hui, ils sont une cible. Déjà, Ahmad Massoud, le fils du légendaire commandant Massoud, appelle à la lutte contre la "tyrannie", à un combat pour la "liberté". Il espère que de nombreux moudjahiddines viendront le rejoindre dans son "bastion" du Panjshir, "la dernière région libre de (notre) pays à l'agonie". Il convient de rester prudent. Pour l'heure, le peuple afghan est dans une angoisse, dans un état de stupeur, qui paralyse toute réaction de défense. Beaucoup cherchent à s'enfuir à l'étranger ou à se protéger en restant cloîtrés chez eux, en essayant de déménager. Ahmad Massoud devra faire preuve d'intelligence et de patience, en plus du courage, pour être… l'insurgé de demain.

Peut-être que le plus réel espoir est dans la population, notamment dans les villes. Les Afghans ont goûté à la démocratie, à la liberté, à l'information, à la mode étalée dans les vitrines, aux loisirs de toutes sortes. Les jeunes femmes ont pu, certes avec des difficultés, accéder à l'éducation. Leurs aînées ont développé des compétences dans la société civile. Il en restera forcément quelque chose. Les talibans ne pourront pas tout effacer dans ces têtes nouvellement faites. Il existera un contrepoids culturel à la radicalisation religieuse, même s'il reste discret, voire intime. Les talibans auront peur de le voir resurgir s'ils agissent avec cruauté et aveuglement. Leur fragilité réside là.

 

Patrick Béguier

Journaliste et écrivain

 

Dernier livre paru : "Mer Courage"

Geste éditions

 

 

 

 







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